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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 25.djvu/243

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Il y a plus de quinze ans en effet que nous connaissons la possibilité de transmettre à de grandes distances, par l’électricité, des sons musicaux simples comme ceux des diapasons. L’appareil du professeur Reis, de Hombourg, permit, dès 1860, d’atteindre à ce résultat ; d’autres dispositions imaginées par Cromwell Warley, par Paul Lacour, par Elisha Gray, donnent aussi le moyen d’entendre télégraphiquement un motif musical. Mais toute autre chose est de transmettre une note ou même un accord et de transmettre une syllabe, une voyelle, une consonne, prononcées sur cette note. Nous pouvons remarquer, lorsque nous écoutons un chanteur dans un opéra, combien nous avons de peine à saisir les paroles qu’il prononce. Les notes nous arrivent bien, mais les syllabes restent en route. C’est donc un témoignage que les mots sont d’une nature plus complexe que les sons qu’ils accompagnent. Si nous considérons un édifice, les détails de sculpture nous échappent sitôt que nous nous éloignons, mais l’ensemble nous frappe toujours. Il en est tout à fait de même d’un chant. Le chant pour nous est un ensemble relativement simple, mais les phrases, les timbres des divers instrumens, les nuances sont des détails qui ne nous parviennent plus quand une distance suffisante nous sépare du chanteur. Dans les téléphones de Reis et de Warley, ce n’est jamais que la note seule qui arrive à destination ; la syllabe qui l’accompagne n’influence même pas l’appareil d’envoi. En un mot, ces instrumens ne sont capables de transmettre qu’une seule qualité du son, la hauteur ; l’intensité, le timbre, n’existent pas pour eux. Ceste que les difficultés à résoudre pour reproduire ces deux importantes qualités sont très considérables lorsque l’on se sert du courant d’une pile voltaïque, comme cela a lieu dans ces derniers appareils. Le professeur Bell a ingénieusement tourné l’obstacle en employant des courans d’induction. Mais il a par cela même imposé une limite à la puissance de ces courans, puisque c’est la voix elle-même qui leur donne naissance.

Si le problème de la téléphonie était résolu avec des courans de pile, l’intensité de la voix pourrait être bien supérieure à celle que permettent d’obtenir les courans induits. En effet, une pile est un réservoir de travail électrique aussi énergique qu’on le désire, et il suffit d’ouvrir une porte d’accès à cette force pour la mettre en jeu. Dans le téléphone de Bell, la personne qui parle est l’analogue d’un manœuvre qui ferait, par ses propres forces, avancer un véhicule ; dans un téléphone qui fonctionnerait à l’aide de la pile, cette personne serait l’analogue du mécanicien qui, sur une locomotive, n’a qu’à faire l’effort nécessaire a l’ouverture d’une valve pour permettre à la vapeur, toujours prête, d’actionner le piston. C’est dans cette direction que doivent se porter maintenant les efforts de ceux qui prétendent faire avancer la question qui nous occupe. La téléphonie voltaïque doit remplacer, dans un avenir plus ou moins éloigné, la téléphonie