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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 25.djvu/240

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ses bords reposent sur la circonférence d’un anneau de bois. C’est la membrane destinée à vibrer sous l’influence du son, et une sorte d’entonnoir, également en bois, dirige justement le son sur la partie centrale de la plaque, qui, étant la plus éloignée des points d’appui, est celle où les vibrations auront le plus d’amplitude. Ajoutons que le téléphone récepteur est identique au téléphone transmetteur. Vient-on à parler dans l’un de ces appareils, la plaque de fer-blanc se mettra à vibrer synchroniquement avec la masse d’air adjacente. Of, les vibrations de cette plaque modifiant à chaque instant sa distance au barreau aimanté, l’état magnétique de ce barreau change à chaque instant, et chaque fois aussi un courant électrique, d’intensité proportionnelle à la vitesse de déplacement, prendra naissance dans le fil de la bobine. Ce courant franchira sur le conducteur télégraphique la distance qui sépare le premier téléphone du second, et arrivera dans la bobine de l’appareil récepteur. Là, selon que ce courant sera positif ou négatif, il exagérera ou annulera les propriétés attractives du barreau, et la plaque de fer-blanc en présence subira des alternatives d’attraction et de non-attraction dont chacune correspondra à la vibration génératrice du courant. Cette plaque répétant avec une fidélité rigoureuse les vibrations du premier appareil, celles-ci ébranleront le système auditif de la personne qui écoute, comme le ferait directement la voix de la personne qui parle.

Les expériences que nous avons faites en laboratoire nous ont permis de constater que le son de la voix commence seulement à s’affaiblir lorsqu’on dépasse des longueurs de lignes représentant 800 à 1,000 kilomètres de fil de fer de 4 millimètres de diamètre. Des essais tentés entre Paris et Saint-Germain et entre Paris et Mantes (58 kilomètres) ont parfaitement réussi. Nous entendions à cette distance, avec une grande netteté, les voix de deux personnes chantant un duo. Mais il ne faudrait pas croire que les différens sons arrivent à destination avec l’intensité qu’ils possèdent au départ. Les transformations successives des vibrations en courans électriques et inversement, la résistance opposée à ces courans par le circuit conducteur, absorbent une notable partie de la force vive première. Ce sont les résistances passives de la télégraphie, et, comme on peut le prévoir, elles diminuent dans une forte proportion l’effet utile, le rendement. Il faut donc, si l’on veut percevoir le son avec quelque netteté, s’appliquer l’orifice circulaire de l’instrument sur l’oreille, de façon à l’envelopper de toutes parts. La masse d’air en vibration communique alors son état vibratoire au tympan, sans qu’il s’en diffuse inutilement une trop grande partie. Sans un court exercice, on ne parvient pas à distinguer très nettement les phrases transmises, de même que, pénétrant dans un milieu obscur, on ne distingue pas du premier coup des objets peu éclairés ; mais au bout de quelques minutes l’oreille s’est accommodée aux