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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 25.djvu/227

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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.




31 décembre 1877.

Saluons cette année expirante d’un souvenir qui n’est point exempt d’amertume, saluons l’année nouvelle d’un acte de confiance modeste comme notre fortune, d’un simple et patriotique souhait de paix intérieure ! Certes les événemens qui se sont succédé auraient pu ne pas nous laisser cette liberté d’un jour paisible. Depuis quelques mois tout a été étrangement bouleversé dans notre pays. Cette année même qui finit n’a été qu’une longue crise ; elle avait commencé au lendemain d’une crise, elle s’achève au lendemain d’une autre crise bien plus grave, et si avant de disparaître elle n’a pas légué à la France un héritage de convulsions et de perturbations nouvelles, c’est qu’au moment voulu, à l’heure décisive, le sentiment de la nécessité et du péril a pénétré, a prévalu partout. L’idée d’une lutte dont la paix publique devait fatalement être le prix a été la grande et salutaire inspiratrice. Les défis de la témérité aventureuse sont tombés d’eux-mêmes devant la réalité, les combinaisons de hasard se sont évanouies ; les solutions impossibles, chimériques ou coupables, ont cédé la place à la seule solution naturelle et possible, celle qui devait remettre d’accord les pouvoirs publics, celle qui a été consacrée par la formation du nouveau ministère et par le message présidentiel du 14 décembre. C’est ce qui fait qu’à ce dernier souvenir encore pénible dont on peut accompagner un passé d’hier vient se mêler sans effort une confiance instinctive dans l’avenir de demain, dans ce récent dénoûment de nos crises, qui n’est après tout qu’une œuvre de raison, de patriotisme et de nécessité.

Tout est bien qui finit bien, c’est la sagesse des nations qui l’a depuis longtemps déclaré. On peut même dire, avec un peu de bonne volonté, que cette année étrange finit plus heureusement qu’on ne pouvait l’espérer, et à beaucoup d’égards mieux qu’elle n’avait commencé. Lorsqu’il y a un an nous entrions dans une période nouvelle sous le coup d’une bourrasque parlementaire qui avait enlevé M. Dufaure à la présidence du conseil et mis à sa place M. Jules Simon, la situation était loin d’être simple et claire. L’avènement de M. Jules Simon à la direc-