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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 25.djvu/189

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conduite de leurs chefs, Waterboer et Adam Kok, marchaient avec lui, ainsi qu’un certain nombre de boers restés fidèles. Le passage de la rivière ne fut pas défendu. Les insurgés, intimidés peut-être par une marche si prompte, se retirèrent avec lenteur. Enfin la rencontre eut lieu à Boomplaats, le 28 août ; après une lutte qui ne fut ni longue ni sanglante, Pretorius s’enfuit dans le Transvaal, tandis que ses partisans se dispersaient en toutes directions. Il n’y eut plus d’autre résistance. Les officiers et les magistrats anglais rentrèrent en fonctions dans les divers districts d’où ils avaient été chassés six semaines auparavant. L’état d’Orange redevenait une province de l’empire britannique. Quant aux boers qui s’étaient réfugiés plus au nord, loin de les inquiéter, on leur envoya des ministres de l’église hollandaise, qui, bien accueillis, maintinrent du moins quelques liens entre ces farouches émigrés et leur pays d’origine.

La victoire des Anglais et le départ des rebelles vers les steppes de l’intérieur ne suffirent pas à rétablir la paix dans la province d’Orange. Diverses tribus y vivaient à l’état sauvage, en lutte le plus souvent les unes contre les autres. A l’époque dont il s’agit ici, la plus puissante qu’il y eût entre le Vaal et l’Orange était celle des Basoutos, dont le chef Moshesh avait eu l’adresse d’imposer sa suprématie aux autres indigènes de la région. Il avait même repoussé avec succès les attaques du chef zoulou Moselekatze, dont les premiers émigrans boers avaient tant souffert. Moshesh hébergeait volontiers les missionnaires. A l’instar de bien d’autres potentats, il appréciait fort leur enseignement pour ses sujets, tout en déclarant qu’il n’en avait pas besoin pour lui-même. Les traficans avaient suivi les missionnaires, puis les fermiers s’étaient établis à l’entour du territoire des Basoutos, dont le nombre s’accroissait sans cesse, parce que Moshesh avait la réputation de protéger ses sujets contre les déprédations des autres tribus ; mais il n’y a peut-être pas d’exemple que des Européens et des sauvages aient vécu côte à côte sans disputes. Au surplus, les Griquas, les Bastards et autres tribus du voisinage n’acceptaient pas l’autorité que Moshesh prétendait exercer sur eux tous. Enfin il y eut collision, pillage d’habitations isolées, vol de bestiaux. Le résident britannique de Bloemfontein s’aperçut un jour qu’il fallait mettre les Basoutos à la raison. Ceux-ci comptaient bien 10,000 combattans. Il n’y avait qu’un nombre insignifiant de soldats réguliers au nord de l’Orange. La guerre des Cafres absorbait toutes les ressources. A défaut d’autres troupes, le résident appela les boers aux armes, suivant l’antique usage du. commando. Les fermiers, non contens de ne pas répondre à l’appel, laissèrent entendre qu’ils aimeraient mieux se retirer au-delà du Vaal que de s’engager dans de nouvelles