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Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 12.djvu/97

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vache, la première au rez du champ, a perdu une corne hier; elle voulait toujours grimper sur la rousse; à la fin elles se sont battues, et la corne y est restée...

— Vas-tu à l’école? lui demande Tristan.

— Oui, monsieur, en hiver.

— Où en es-tu de ton catéchisme?

— Au chapitre vingt-cinq.

— Qu’est-ce que c’est que ce chapitre?

— Ma fi ! c’est le chapitre vingt-cinq.

— Mais enfin qu’y avait-il avant le chapitre vingt-cinq?

— Il y avait le chapitre vingt-quatre.

Nous n’avons jamais pu le faire sortir de là.

— Alors l’été, poursuit Tristan, tu restes à paresser en gardant tes vaches?

— Oh ! que nenni ! J’attrape des papillons, des bêtes à bon Dieu, des cancouëles (hannetons) et toute sorte de bêtes que j’enferme dans une boîte.

— Un confrère ! dis-je à Tristan avec un regard ironique.

— Je leur arrache les ailes, continue orgueilleusement le gamin, il n’y a que cela de joli.

— Misérable! s’écrie Tristan, qui oublie ses longues épingles à insectes, tu les fais souffrir... Montre-moi ta boîte.

Celui-ci s’exécute, ouvre une boîte de bois blanc, et nous voyons chatoyer au soleil des débris de coléoptères, pêle-mêle avec des lambeaux d’ailes de papillons. Tristan fouille cette poussière d’une main fiévreuse; tout d’un coup il lâche un juron en soulevant du bout du doigt, à hauteur de sa loupe, un fragment d’élytre où les tons bleus et bronzés se marient agréablement. — C’était elle! s’écrie-t-il, c’était ma chrysomèle du millepertuis que ce petit vaurien a mutilée... Où as-tu trouvé ça? continue-t-il en mettant l’élytre sous le nez du gamin.

— Ma fi ! dans les herbes, monsieur.

— Reconnaîtrais-tu la place?

— Oui bien, c’est là-bas dans le bois.

— De quel côté ?

— Par-ci par-là, monsieur,... dans les herbes.

— Tu n’en tireras rien, dis-je; c’est l’histoire du chapitre vingt-cinq qui recommence!

Mais Tristan ne m’écoute pas. Laissant là le gachenet ébahi, il part comme un trait dans la direction du bois et fouille le taillis. Au bout d’une demi-heure, je le vois revenir suant à grosses gouttes, et rien qu’à son air je devine que ses fouilles ont été infructueuses. Il grogne d’un ton de mauvaise humeur, et pendant un bon bout de temps nous cheminons en silence. — Sais-tu à quoi