Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 12.djvu/958

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


représentée et pratiquée depuis neuf mois par M. Buffet, vient d’éprouver un échec qui ne peut manquer d’avoir du retentissement dans le pays, qui aura certainement de l’influence sur la direction de l’opinion. Que va-t-on faire dans ces conditions ? Le ministère restera-t-il ce qu’il est, au risque de présider aux élections avec le désavantage d’une autorité mise en doute, affaiblie par une défaite parlementaire ? Se modifiera-t-il au contraire, et dans quel sens devrait-il se modifier ? Ce sont là des questions fort sérieuses que M. le président de la république a aujourd’hui à peser dans le sentiment de sa responsabilité ! On peut dire sans doute à M. le président de la république que ces élections sénatoriales ne sont qu’un incident, une victoire de coalition qui, en profitant principalement à la gauche, rend d’autant plus nécessaire une politique de fermeté et peut-être de résistance ; on peut lui dire que cette politique, bien loin de céder devant une manifestation obscure ou périlleuse, doit au contraire se fortifier au pouvoir par l’accession d’hommes résolus à soutenir la lutte, à tenter un effort décisif sur l’opinion. On peut dire aussi à M. le président de la république que, puisqu’un ministère parlementaire est difficile dans les conditions où se trouve l’assemblée, le mieux serait sans doute de former un cabinet d’affaires en dehors du parlement. Ce sont là des conseils qui n’ont rien de nouveau, qui ont été plus d’une fois proposés aux gouvernemens dans des circonstances comme celles-ci. Pour ceux qui ne croient ni à la fermeté sans la conciliation, ni à l’efficacité d’expédiens de peu de valeur, la solution serait simple et claire. Il n’est point douteux qu’un ministère sincèrement constitutionnel, prenant vigoureusement en main la direction des affaires, faisant sentir au pays le danger de toutes les agitations, la nécessité de chambres modérées, libérales et conservatrices, il n’est point douteux, disons-nous, que ce ministère pourrait présider avec autorité aux élections, et que le résultat ne tromperait pas la confiance des esprits patriotiques.

Est-ce la pensée qui prévaudra ? Toutes les considérations seront mûrement posées sans aucun doute. On nous permettra d’ajouter simplement un mot. Se raidir, résister, c’est bientôt dit. Lorsqu’on s’engage dans ces dangereux et obscurs défilés, on sait quelquefois par où on commence, on ne sait pas toujours où l’on va. Les meilleures intentions ne suffisent pas. Il y a eu des temps où des hommes aussi bien intentionnés que possible, après avoir fait un premier pas, se sont trouvés entraînés, sans y songer, dans des luttes où ils ne se seraient pas aventurés, si leur prévoyance eût égalé leurs bonnes intentions. Nous n’en sommes pas là heureusement, rien de semblable n’existe aujourd’hui. La situation, telle qu’elle a été faite par les élections sénatoriales, peut paraître compliquée au premier abord, elle n’a rien qui puisse surprendre une raison calme et surtout inquiéter l’opinion. Elle est plus simple qu’on ne le dit, et la crise ministérielle qui s’approche sera sû-