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Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 12.djvu/957

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ront ministériels autant qu’on le désirera. Vienne une crise, ils se retrouveront ce qu’ils ont été, et ils se feront encore au besoin l’illusion qu’ils n’ont abusé personne, qu’ils sont toujours des modèles de conservateurs en passant de nouveau sous le drapeau de l’empire. Il en résulte que, sans le savoir et sans le vouloir, par un abus de mots, par l’entraînement d’un faux système, peut-être aussi par un sentiment frivole de défiance à l’égard de ceux qui ne pensent pas comme lui, M. Buffet s’expose à servir les bonapartistes, qui le traitent si bien aujourd’hui par leurs votes, qui le traiteraient probablement bien mieux encore, s’il leur laissait prendre une certaine importance dans les assemblées nouvelles. Voilà le danger qui se cache sous cet expédient décevant et trompeur que des partis intéressés appellent fort gratuitement l’union conservatrice.

Assurément nous ne reprocherions pas à M. le vice-président du conseil d’être un conservateur résolu, un homme de gouvernement ; nous lui reprochons bien plutôt au contraire de compromettre ces idées de conservation et de gouvernement en les réduisant aux proportions d’une stratégie de circonstance, en offrant ce spectacle, fait pour égarer ou troubler le paye, d’un ministre cherchant dans des combinaisons peu sûres des appuis contre les partisans les plus naturels, les plus modérés de la constitution dont il est le représentant, — d’un ministre fatiguant et inquiétant l’opinion au lieu de la diriger. Quand donc aurons-nous un gouvernement d’un caractère vraiment conservateur, s’élevant au-dessus des partis, parlant au pays un langage sans subterfuges, d’une libre et confiante netteté, combattant sans doute le péril révolutionnaire, le radicalisme agitateur, mais persuadé que la meilleure manière de le combattre, c’est une politique de hardie conciliation, appelant à son aide l’opinion, le concours de tous ceux qui peuvent aider à une œuvre nationale de bien public ? Si ce gouvernement eût existé, on conviendra que toutes ces complications récentes des élections sénatoriales ne se seraient pas produites, ou du moins elles n’auraient pas pris une si singulière importance. Le pays verrait plus clair dans ses affaires.

Et maintenant, de quelque façon qu’on juge les choses, une situation d’une certaine gravité se dessine évidemment. Ce n’est pas encore, si l’on veut, une crise ministérielle déclarée, c’est tout au moins pour le moment un état d’incertitude et de malaise auquel les élections sénatoriales viennent de donner tout à coup un caractère assez aigu. La vérité est que deux politiques se sont trouvées brusquement mises en présence. L’une de ces politiques peut se résumer dans ce mot de M. le duc d’Audiffret-Pasquier : « il faut affirmer l’œuvre du 25 février et en confier l’exécution à des hommes modérés, » qui tiennent compte de l’origine de cette œuvre conçue dans une pensée « d’ordre et de liberté, » née de « l’abnégation de chacun et du patriotisme de tous. » L’autre politique,