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Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 12.djvu/948

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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.




14 décembre 1875.

Étranges vicissitudes de la fortune politique ! Il y a quelques jours à peine, le vote de la loi électorale et le succès du gouvernement semblaient en avoir fini avec la dernière crise parlementaire dans les circonstances présentes. L’assemblée paraissait n’avoir plus qu’à s’acheminer sans encombre vers la dissolution inévitable, et déjà une commission était nommée ; déjà le représentant de cette commission, M. Paris, avait rédigé le bulletin mortuaire et l’oraison funèbre sous la forme d’un rapport qui fixe les principales étapes de la transition : au 23 janvier 1876, élections des sénateurs par les départemens, au 20 février, élections des députés dans tous les arrondissemens de France, au 8 mars, constitution définitive des nouvelles chambres à Versailles. En attendant on discutait, non sans quelque distraction, sur les chemins de fer ou sur les bouilleurs de cru, et c’est tout au plus si l’attention se ranimait un instant autour de cette question de la réforme judiciaire égyptienne, que M. le duc Decazes n’a pas pu faire trancher d’urgence. M. le ministre de la guerre s’empressait de retirer sa loi sur l’administration de l’armée, et de la levée de l’état de siège ou de la loi sur la presse on ne disait plus rien. Bref, on se préparait assez tranquillement au grand départ, lorsque tout à coup la face des choses a changé, comme si, jusqu’au bout, les conflits, les péripéties et les surprises devaient se succéder dans cette vie parlementaire obscure et troublée que l’obstination des partis nous a faite.

La grande et singulière surprise aujourd’hui, c’est cette élection des 75 sénateurs que l’assemblée s’est réservé le droit de nommer en leur donnant l’inamovibilité ; c’est cette bataille silencieuse qui se livre journée par journée, autour des urnes, à coups de bulletins, et dont les résultats déconcertent tous les calculs. On pouvait bien s’attendre à une lutte animée, on ne s’attendait pas certainement à ce coup de théâtre ; on ne prévoyait pas une déroute aussi générale de toutes les