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Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 12.djvu/928

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d’Agrippa à Rome, le plus grand qui existe, a seul une portée supérieure ; la coupole de Saint-Pierre est un peu moins large. L’édifice est tout en fer et en briques. A l’intérieur, avec les livres qui le tapissent tout entier et les fenêtres qui s’ouvrent dans la voûte, il présente un aspect simple et sévère. Les employés occupent le milieu de la salle, un couloir les met en communication avec les magasins. Tout le reste de l’espace est occupé par des files de tables qui, comme autant de rayons, vont du centre à la circonférence ; il y a environ 300 places. Tous les détails ont été étudiés avec un soin infini. Le plancher est recouvert de feuilles de caoutchouc qui éteignent le bruit des pas. Sur ce sol élastique, les grands fauteuils à roulettes obéissent à la moindre impulsion, ils se déplacent presque trop aisément. Vous vous asseyez pour vous mettre à l’ouvrage, la table est doublée d’une épaisse basane, et de plus vous avez un appui-main en papier buvard. Dans le montant vertical qui vous fait face et coupe en deux les tables dans le sens de leur longueur, vous trouvez un encrier muni de ses plumes et deux pupitres, l’un pour les livres de moyen format, l’autre, d’un mécanisme plus compliqué, pour les grands livres à figure, pour les infolio.

Ce qui touche encore plus que ces ingénieux raffinemens du confortable anglais, ce sont les facilités que l’on rencontre ici pour le travail et les recherches. Deux principes dominent toute cette organisation. Le premier, c’est que la bibliothèque n’est pas faite pour les désœuvrés qui aimeraient à se chauffer aux frais de l’état en lisant un roman. Pour y être admis, il faut s’adresser par écrit au directeur, donner son nom, ses qualités, son domicile, et se recommander de quelqu’un qui soit connu des bibliothécaires ; on obtient alors une carte d’entrée valable pour six mois. L’autre règle, c’est que, sous aucun prétexte, un volume quelconque ne peut sortir de la bibliothèque. Seuls les conservateurs qui demeurent dans l’enceinte du musée, c’est-à-dire sept ou huit personnes, ont le droit d’emporter chez eux quelques volumes. La question du catalogue n’a pas été tranchée avec moins de décision et de sagesse.

C’est une chimère dangereuse que ce rêve d’un catalogue méthodique imprimé, tel que l’avait entrepris, sous le dernier règne, l’administration de notre Bibliothèque nationale. Toute classification a nécessairement quelque chose d’arbitraire ; le manque de jugement d’un employé risquera de mettre un livre dans telle catégorie où jamais le lecteur n’aura l’idée d’aller le chercher. De plus il n’y a pas d’exemple qu’un pareil travail ait été terminé pour un de ces grands dépôts où les livres se comptent par centaines de mille. Supposons-le achevé, on serait obligé d’y donner d’année