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Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 12.djvu/917

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capitale intellectuelle du monde grec, vers le temps de Démosthène, leur riche clientèle de cités helléniques, de princes grecs, de satrapes orientaux ; de plus elle témoigne d’une habileté et d’une souplesse rare, d’une science de la forme qui n’a rien perdu de sa sûreté, d’un vif amour de la beauté. Pourtant ce n’est déjà plus cette divine simplicité du siècle de Périclès. Elle est passée, l’heure rapide et fugitive où fleurit cet art déjà savant et encore naïf qui est la perfection même. Le sculpteur commence à chercher l’effet et risque de tomber dans la manière ; il soigne le détail et n’a plus le même sentiment de l’ensemble, la même fraîcheur d’impressions en face de la nature, la même observation émue et sincère, la même puissance d’imagination créatrice.

Bien que l’inévitable décadence se trahisse ainsi déjà à certains signes, le génie grec a encore d’incomparables ressources, il est encore appelé à fournir une longue et brillante carrière dans le cours de laquelle il semblera plus d’une fois se renouveler et rajeunir ; il aura des moissons imprévues et des fleurs d’arrière-saison qui pourront donner aux contemporains l’illusion d’un nouveau printemps. Une des plus surprenantes de ces bonnes fortunes, ce sont les sculptures d’Éphèse, fruit des fouilles de M. Wood. Attaché au chemin de fer de Smyrne à Aïdin, celui-ci, tout en bâtissant les stations de la ligne, commença en 1864, à ses frais, l’exploration du site d’Éphèse ; ce qu’il y cherchait surtout, c’étaient les traces de saint Paul et de saint Jean l’évangéliste. Est-il besoin de dire qu’il ne réalisa point ces rêves où se complaît l’imagination anglaise, toute nourrie de souvenirs bibliques ? Cependant il mit au jour des inscriptions importantes et mérita ainsi le libéral concours de M. W.-H. Waddington, aujourd’hui membre de l’Institut et député de l’Aisne. Sur ces entrefaites, M. Newton passa par Éphèse, se rendit compte des résultats obtenus, et chargea M. Wood de continuer les travaux aux frais du musée. Les tranchées se creusèrent et s’allongèrent à travers l’ancienne ville, elles en éclaircirent la topographie, jusqu’alors si obscure, et finirent, au bout de plusieurs années, par atteindre l’enceinte de ce célèbre temple d’Artémis dont les voyageurs avaient vainement cherché l’emplacement et les ruines. En 1874, toute l’aire de l’édifice était déblayée et les fouilles cessaient. Parmi les matériaux que l’on a retirés, avec d’énormes dépenses, des fangeuses alluvions du Méandre, tout ce qui présentait quelque reste de figure ou de moulure a été expédié au Musée-Britannique. Pour exposer les morceaux les plus intéressans, la galerie d’Elgin a été agrandie vers le nord ; les autres fragmens sont encore entassés dans les magasins, sous la colonnade. Le moindre de ces débris a son importance pour l’architecte. Le temple d’Éphèse passait pour le plus beau modèle de l’architecture ionique