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Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 12.djvu/913

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Cœre, que l’on peut comparer à celui du Louvre, par les figures d’un caractère si rude et si archaïque trouvées à Polledrara et dans le lac de Falterona. Après un long circuit, on reviendrait aboutir à la Grèce. Grâce à sa situation privilégiée aux confins de l’Europe, de l’Asie et de l’Afrique, grâce à la supériorité de son génie et aux merveilleuses qualités de sa langue, la Grèce a coordonné, classé, perfectionné les découvertes antérieures, elle a pour toujours mis à l’abri de la destruction et de l’oubli ces instrumens de progrès, ces procédés de l’art, ces méthodes scientifiques naissantes qui s’étaient ailleurs déjà perdues plusieurs fois. C’est elle qui, se faisant l’institutrice de Rome, après avoir conquis l’Orient avec Alexandre, a plus tard envahi l’Occident à la suite des consuls et des césars, et créé cette civilisation qui, se développant et s’élargissant de proche en proche, est devenue dans les temps modernes, non plus nationale, mais humaine, et travaille partout à transformer la surface de la planète, à la mettre tout entière en valeur. Cette étude comparative des monumens, rangés dans leur ordre de parenté et de filiation probable, ce serait l’histoire même de cette portion de l’humanité dont nous sommes les héritiers directs ; mais il y faudrait trop de détails minutieux, trop de termes techniques. C’est vers les chefs-d’œuvre de l’art grec que se sentent tout d’abord attirés, quand ils ont franchi le seuil du musée, l’artiste et l’homme du monde ; allons avec eux où nous appellent les débris du mausolée, les marbres d’Ephèse et le grand nom de Phidias.

En sortant de la salle lycienne, on traverse une petite pièce (greek anteroom) où l’on s’arrête devant la-noble et grave statue de Démêler assise, que M. Newton a découverte à Cnide dans le temple consacré aux divinités infernales ; puis on entre dans la grande salle (mausoleum room) où sont disposés les précieux restes du monument que ce hardi et heureux voyageur a retrouvé en 1857. C’était la tombe qu’Artémise, reine de Carie, avait élevée, vers 352 avant notre ère, à son époux Mausole. Elle se composait d’un haut soubassement sur lequel se dressait un édifice de forme oblongue, entouré de trente-six colonnes ioniques, et surmonté d’une pyramide dont on atteignait le sommet par vingt-quatre marches. L’ensemble, qui avait environ 46 mètres de haut, était couronné par un groupe où, selon toute apparence, Mausole lui-même figurait, debout dans le char qui l’emportait chez les dieux. Au-dessus du portique qui supportait la pyramide courait une frise richement sculptée qui représentait le combat des Grecs et des Amazones. On a encore retiré des décombres les fragmens de trois autres frises dont la place n’a pas été déterminée d’une manière certaine. Le monument était orné de beaucoup de statues, distribuées entre les colonnes et dans d’autres emplacemens que leur