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Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 12.djvu/875

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d’abord tous ceux de ses sujets qui avaient fui en leur montrant la sécurité rétablie après la paix de Westphalie. Il accueillit les gens sans patrie, les bannis, les soldats errans, les pillards qui voulaient faire une fin en achetant des terres avec l’argent volé. Il s’en remettait à lui-même, aux traditions de forte discipline que se transmettent les Hohenzollern, du soin de plier à la règle ces aventuriers. Grand admirateur de la Hollande, où il avait passé sa jeunesse et s’était marié, Frédéric-Guillaume attira un grand nombre de colons de ce pays. Parmi eux, il se trouva des ingénieurs qui l’aidèrent à créer tout un système de canalisation dont le modèle était fourni par la Hollande, des peintres, des sculpteurs, des architectes, qui mirent les arts en honneur dans un pays où ils n’étaient guère connus, surtout des agriculteurs qui desséchèrent les marais, et, dans leurs fermes appelées des hollanderies, enseignèrent aux Brandebourgeois l’élève du bétail. L’électrice elle-même, véritable Hollandaise, simple, modeste et laborieuse, avait son étable et un jardin modèle où elle ne dédaignait pas de mettre la main à la besogne ; dans ce jardin furent récoltées les premières pommes de terre de la Marche, qui est aujourd’hui un des pays du monde où l’on consomme le plus de ce comestible.

Les Hollandais ne furent ni les plus nombreux, ni les plus utiles colons que reçut l’électorat au temps de Frédéric-Guillaume. Ce prince eut l’heureuse fortune qu’en repeuplant ses états dévastés, c’est-à-dire en servant ses plus pressans intérêts, il s’acquit la renommée d’un prince hospitalier, protecteur des persécutés et défenseur de la liberté de conscience. Depuis longtemps, le Brandebourg était une terre d’asile. Ce pays n’a donné à la réforme ni un de ces ardens prédicateurs, moitié théologiens et moitié poètes, qui ont éveillé dans les âmes allemandes l’enthousiasme pour la religion nouvelle, ni un de ces martyrs dont le sang a fécondé la parole de Luther ; mais il est, de tous les états allemands, celui à qui la réforme a le plus profité, parce qu’elle y a été tolérante. Tandis que les diverses sectes enfantées par elle se querellaient partout et se proscrivaient à l’envi, il fallut qu’elles se supportassent les unes les autres en Brandebourg, parce que les Hohenzollern le leur commandèrent. Ils avaient hésité longtemps avant d’embrasser la réforme ; Joachim Ier, jusqu’à sa mort, qui advint en 1539, demeura un fervent catholique, et quand Joachim II, en signe qu’il se faisait luthérien, communia solennellement sous les deux espèces, il ne se laissa point emporter à des excès de zèle contre le papisme, et ne se déclara pas le champion de Luther. « Je ne veux plus croire, dit-il, à une sainte église de Rome, mais je ne croirai pas non plus à une sainte église de Wittemberg. » Son successeur, Jean-Sigismond, se fit calviniste, et voilà ses sujets en grand émoi ; ils