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Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 12.djvu/871

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que dans la réalité, une différence de couleur entre les astres. L’éclat royal de Sirius perçait les yeux de son brasillement d’acier, l’étoile appelée Capella paraissait jaune, Aldebaran et Betelgueuse brillaient d’un rouge de feu.

« Pour ceux qui au milieu d’une nuit claire se tiennent seuls sur une colline, la marche du monde vers l’orient devient presqu’un mouvement palpable. Ce qui fait naître cette sensation, c’est peut-être le glissement panoramique des étoiles au-delà des objets terrestres, glissement qui devient perceptible, si l’on reste tranquille quelques minutes, c’est peut-être qu’en dominant d’une hauteur une plus grande étendue de terrain, on s’imagine avoir une idée plus réelle de la révolution terrestre, peut-être aussi est-ce la solitude ou le vent ; mais, pour une cause ou pour une autre, on a l’impression vive et persistante d’être porté en avant. La poésie du mouvement est une expression fort en usage : pour jouir de cette volupté, il faut vous tenir debout sur une colline à une heure avancée de la nuit et surveiller tranquillement notre marche majestueuse à travers les étoiles. Après une reconnaissance nocturne par un ces groupes d’astres, bien au-dessus des lieux que fréquentent ordinairement la pensée et la vue, il en est plus d’un qui tout à coup s’est élevé jusqu’à se sentir capable d’éternité. »

On ne saurait dire que M. Hardy appartient à une école, car par l’indépendance de son talent il ne relève que de lui-même. Cependant il n’est pas défendu de signaler les traits de ressemblance que l’on peut trouver entre lui et quelques écrivains récens qui semblent vouloir donner une direction nouvelle à la littérature romanesque.

Un des préjugés les plus répandus contre le roman anglais, c’est qu’il ne sait pas se borner. Il ne fait, dit-on, pas grâce au lecteur du moindre geste de ses héros : il compte les tasses de thé qu’ils boivent ; il les prend le matin au saut du lit et ne les abandonne le soir que sous les couvertures, étendant sa sollicitude sur eux de leur naissance à leur mort. Ce reproche pouvait être fondé autrefois : aujourd’hui même encore le roman biographique rencontre des amateurs ; mais parmi les romanciers de la jeune école il y a au contraire une tendance marquée à concentrer l’intérêt sur un point spécial, à faire du roman une succession de crises ou une suite de scènes détachées. La part laissée à l’action est devenue singulièrement plus restreinte, et celle donnée à l’analyse psychologique d’autant plus considérable. On pourrait citer tel ouvrage célèbre Où les portraits tiennent la plus grande place. L’auteur étudie ses personnages, il les dissèque curieusement, il promène sur eux un regard affectueux ou étonné selon l’occasion. Il ne se