Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 12.djvu/857

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


« — Oui.

« — Et, la noce terminée, nous la ferions publier dans le journal à la liste des mariages…

« — J’aimerais passionnément cela.

« — Et les enfans à la liste des naissances,… tous des garçons. Et à la maison, au coin du feu, toutes les fois que vous lèverez les yeux, je serai là, et toutes les fois que je lèverai les yeux, vous serez là.

« — Attendez, attendez, et ne soyez pas inconvenant. — Sa physionomie perdit de son animation, et elle resta silencieuse un instant. Lui, il contemplait les baies rouges qui étaient entre eux, et quand il avait fini recommençait, si bien que dans tout le reste de sa vie le houx demeura pour lui l’emblème d’une proposition de mariage. — Non, dit-elle en se retournant, cela ne sert de rien. Je n’ai pas envie de vous épouser.

« — Essayez.

« — J’ai essayé ferme tout le temps que j’ai pensé, car en un sens ce serait très joli, un mariage : on parlerait de moi, on penserait que j’ai fait ma petite conquête, et je me sentirais triomphante, et ainsi de suite ; mais un mari…

« — Eh bien ?

« — Eh bien ! il serait toujours là comme vous dites ; toutes les fois que je lèverais les yeux, il y serait.

« — Naturellement il y…, c’est-à-dire j’y serais.

« — Eh bien ! ce que je veux dire, c’est qu’il ne me déplairait pas d’être la fiancée dans une cérémonie de mariage, si je pouvais l’être sans avoir un mari ; mais, puisqu’une femme ne peut pas par elle-même se faire voir de la sorte, je ne me marierai pas,…. du moins maintenant.

« — Voilà une bien sotte histoire !

« Devant cette critique élégante de ses sentimens, Bathsheba crut devoir ajouter quelque chose à sa dignité par un léger mouvement en arrière.

« — Sur mon cœur et mon âme, je ne sais pas ce qu’une fille pourrait dire de plus sot ; mais, ma très chère, ajouta Oak d’un ton conciliant, ne soyez pas comme cela. — Il poussa un profond, un honnête soupir. — Pourquoi ne voulez-vous pas de moi ? reprit-il, et il se glissait autour du houx pour arriver à ses côtés.

« — Je ne peux pas, dit-elle en faisant retraite.

« — Mais pourquoi ? — Et, comme il désespérait de jamais l’atteindre, il finit par se tenir immobile et lui faire face par-dessus le buisson.

« — Parce que je ne vous aime pas.