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Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 12.djvu/719

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Les quatre livres de l’Imitation de Jésus-Christ, traduction de Michel de Marillac, publiée par les soins de M. D. Jouaust, préface par M. E. Caro, de l’Académie française, dessins par Henri Lévy gravés à l’eau-forte par Waltner, 1 vol. gr. in-8°, 1875.


La librairie Jouaust vient de mettre en vente une édition de l’Imitation de Jésus-Christ à laquelle on peut prédire un sérieux et légitime succès. La traduction choisie par l’éditeur est celle que le chancelier Michel de Marillac a donnée en 1621 et que M. de Sacy a si heureusement remise en lumière il y a une vingtaine d’années. Le public sait avec quel soin M. Jouaust s’applique à la reproduction de nos monumens littéraires dans tous les genres ; il serait superflu de louer ici la beauté de l’exécution typographique. L’attrait nouveau de cette édition, ce sont les poétiques dessins de M. Henri Lévy, gravés avec une rare finesse par M. Waltner, et l’étude si élevée, si précise, si pénétrante, que M. Caro a consacrée à l’œuvre du grand consolateur.

On ferait une bibliothèque de tous les éditeurs, traducteurs, commentateurs de l’Imitation de Jésus-Christ. Des paroles d’or ont été prononcées au sujet de ce livre unique, et, malgré les vicissitudes des âges, chaque génération les répète. Après tant de savans maîtres, comment dire quelque chose de neuf ? M. Caro y est parvenu en faisant du point de vue laïque, — mais du point de vue le plus élevé, — sans v nul empressement indiscret, mais aussi sans le moindre embarras, l’examen philosophique du livre. C’est là l’originalité de ces pages excellentes. D’autres ont parlé de l’Imitation en curieux, en érudits, en moralistes, en poètes, en mystiques, et, parmi ces derniers, que de belles âmes profondément touchées dont les joies divines se fondaient en larmes ! M. Caro en a parlé en philosophe, je dis en philosophe attentif, pénétrant, qui sait monter des sphères de l’esprit dans les sphères de l’âme pour mettre chaque doctrine à son rang dans le monde des idées pures.

Ce rang, pour l’Imitation de Jésus-Christ, dans l’ordre sublime où nous ravissent ces élans de la vie intérieure, c’est le premier de tous. M. Caro n’a pas la prétention de savoir mieux que ses devanciers à qui revient l’honneur d’avoir composé ce chef-d’œuvre ; il se borne à résumer le débat en vrai critique, c’est-à-dire à le juger, et dans ce résumé les plus habiles trouveront encore à s’instruire. L’auteur de l’Imitation est-il un Français, un Italien, un Allemand ? Est-ce notre chancelier Jean Gerson ? Est-ce le doux religieux du Mont-Sainte-Agnès, Thomas à Kempis ? M. Caro déclare qu’après une enquête scrupuleuse il est obligé de s’abstenir. J’ai à peine besoin de dire qu’il s’y résigne sans difficulté. Ne vaut-il pas mieux que l’auteur d’un pareil livre soit demeuré inconnu ? Rechercher trop curieusement sa personne, ne serait-ce pas comme un contre-sens à l’esprit de son œuvre ? N’est-ce pas lui enfin qui dans une