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Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 12.djvu/710

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intérêts ne sont pas les mêmes. Que les affaires d’Orient, qui sont toujours menaçantes, viennent à s’aggraver, l’Italie sentira bien plus encore la force des liens qui la rattachent à la France. Elle verra aussitôt tout ce qu’il y aurait de redoutable dans ces combinaisons, dans ces remaniemens de territoires qui tourneraient infailliblement contre ses intérêts, peut-être contre son indépendance, qui amèneraient l’Allemagne plus près de ses frontières ou de ses rivages qu’elle ne le voudrait. Que faut-il pour que le sentiment de solidarité entre la France et l’Italie se développe et devienne durable autant qu’il est naturel ? Il suffit que l’Italie se sente rassurée contre les intempérances et les démonstrations cléricales dont elle s’est peut-être quelquefois exagéré l’importance, qui n’ont eu aucun effet même lorsqu’elles auraient pu être un embarras. Le gouvernement français, par sa prudence, par sa modération prévoyante, a dissipé les nuages momentanément amassés par quelques passions religieuses, et aujourd’hui tout ce que le libéralisme, un libéralisme modéré, gagnera dans les élections prochaines, sera nécessairement autant de gagné pour l’alliance des deux nations. Que les élections rendent vraiment la France à elle-même, le libéralisme modéré sera toujours son guide dans ses alliances comme dans sa politique intérieure. La France sera l’amie de l’Espagne constitutionnelle comme elle est l’amie naturelle de l’Italie indépendante.

Décidément la cause carliste est en décadence au-delà des Pyrénées, et au besoin rien ne le prouverait mieux que cette étrange démarche faite il y a quelques jours par le prétendant, qui a écrit au roi Alphonse pour lui offrir généreusement une trêve. Don Carlos proposait au gouvernement de Madrid de réunir les forces des deux partis pour défendre Cuba contre les États-Unis ; il était prêt même, assurait-il, à faire partir sa marine des côtes cantabriques pour aller attaquer les Américains jusque dans leurs ports ! C’est, à vrai dire, une assez plaisante forfanterie qui est probablement le signe d’une situation désespérée. Le prétendant peut bien en effet continuer à faire bombarder quelques malheureuses villes qu’il ne peut plus même espérer conquérir : en réalité, il est serré de toutes parts ; chaque jour il voit ses forces diminuer, et des chefs qui servaient sa cause, les uns ont été réduits à passer en France, les autres ont été emprisonnés par don Carlos lui-même et sont menacés d’être mis en jugement. La Catalogne est maintenant à peu près pacifiée par le général Martinez Campos, elle a été purgée des dernières bandes carlistes. Le général Quesada, de son côté, s’avance au cœur des provinces du nord. L’insurrection, harcelée, vaincue sur tous les points, est obligée de se replier dans les montagnes, d’où elle n’a plus désormais la chance de pouvoir sortir.

Est-ce à dire que la guerre civile soit tout à fait près d’être terminée et que l’insurrection, une fois rejetée dans la Navarre, soit facile à dompter ? Ici les esprits paraissent assez partagés à Madrid. Pour tous, le dé-