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Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 12.djvu/708

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tout le monde, sauf la ratification de l’assemblée souveraine. C’est dans ces conditions que la commission parlementaire de Versailles propose de refuser cette ratification, de retirer la signature de la France de l’œuvre commune ! Demander aujourd’hui à M. le ministre des affaires étrangères d’ouvrir des négociations nouvelles, c’est certainement une illusion. M. le ministre des affaires étrangères, qui n’a point créé cette situation, qui en a recueilli l’héritage de tous ses prédécesseurs, s’est déjà employé de son mieux à obtenir quelques concessions, il a fait des réserves qui ont été agréées, il a gagné du temps. Maintenant il n’y a plus à reculer. La réforme judiciaire doit être en vigueur au 1er janvier prochain. Dix-sept états refusent de revenir sur ce qu’ils ont fait, et le gouvernement égyptien, le voulût-il, ne pourrait pas modifier de son autorité propre ce qui a été adopté en commun. C’est à prendre ou à laisser.

Soit, ajoute-t-on, il n’y a qu’à rester dans les conditions anciennes, qui offrent plus de garanties, qui sont plus protectrices. C’est bientôt dit. Qu’en résultera-t-il ? Les Français résidant en Égypte vont évidemment se trouver dans une situation embarrassée et fausse à côté des autres étrangers qui ont accepté le régime nouveau. Les confusions, les difficultés, les conflits peuvent naître à tout instant. De plus, la France aura fait en petit, dans un ordre fort modeste si l’on veut, ce qu’elle a fait d’autres fois dans des circonstances plus sérieuses sans aucun profit ; elle se sera isolée ! Est-ce bien le moment pour elle de se réfugier dans l’isolement au milieu de ces complications orientales qui recommencent ? N’a-t-elle pas au contraire tout intérêt à rester plus que jamais en communauté d’action avec tout le monde ? On ne l’accusera pas aujourd’hui d’ambition, de fantaisies de prépondérance. Elle est la plus désintéressée des nations dans les conflits qui s’agitent, et dans la situation difficile qui lui est faite, elle peut jouer un rôle utile, efficace, par son désintéressement même, par l’appui qu’elle prêtera au droit public menacé, aux combinaisons équitables ; mais la première condition est de ne pas paraître avoir toujours une politique particulière, de ne pas offrir le spectacle d’une diplomatie désavouée dans un acte qui n’a pas une telle gravité, puisque c’est une expérience limitée à cinq ans, et que même pendant ces cinq ans on s’est encore réservé le droit de se dégager, si le régime nouveau ne suffisait pas à sauvegarder les intérêts étrangers en Égypte. L’assemblée peut donc sans crainte accorder cette ratification qu’on lui propose assez légèrement de refuser : elle ne compromet pas les intérêts réels du pays et elle maintient l’autorité de notre diplomatie dans un moment où il est utile de mettre une certaine suite dans ce qu’on fait.

Il y a, nous le savons bien, des diplomates de fantaisie qui n’y regardent pas de si près ; si on les écoutait, ils feraient refleurir partout d’un coup de baguette l’influence française ; ils auraient devancé l’Angleterre