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Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 12.djvu/652

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intolérablement maussade. Bien loin d’être maussade, elle est presque gaie, et elle le serait tout à fait, si les tons gris et bruns de la pierre de lave de Volvic dont elle est bâtie tout entière ne lui donnaient un petit aspect de sévérité qui fait un contraste très souvent heureux avec les ornemens gracieux ou fantasques sculptés sur les façades de ses maisons de la renaissance. De ce mélange de sévérité dans l’aspect général et de grâce dans les ornemens résulte une sorte de tenue à la fois sérieuse et souriante qui seyait parfaitement à une ville où l’ancienne magistrature de la province faisait résidence, car cette tenue correspondait avec exactitude au caractère de ses hôtes. Ce qui contribue encore à cet aspect aimable de Riom, c’est la parfaite conservation de toutes ces anciennes demeures. Rien ne donne ici ce sentiment de la ruine et de l’abandon qui d’ordinaire vous saisit si fortement lorsqu’on visite des lieux d’où les habitans légitimes ont disparu sans retour, comme à la petite ville de Montferrand, tout près de là, par exemple, dont les vieux hôtels, bien qu’habités encore, paraissent vides et déserts. On dirait que ces demeures n’ont pas changé d’habitans, et qu’elles ont passé à des successeurs si légitimes que les anciennes habitudes se sont continuées sans difficulté. En outre de sa sévère gentillesse, Riom possède un autre mérite qui ne pourra manquer d’être apprécié par tout voyageur en Auvergne, son extrême propreté. Pas de ruelles étroites et d’impasses infectes comme à Clermont, rien des odeurs nauséabondes et des ordures de Billom, rien des fanges noires de Besse en Chandesse, mais des rues suffisamment larges, bien balayées et bien arrosées, sans air vicié, sans fermentation de matières corrompues, sans parfum asphyxiant d’engrais humain entassé et échauffé. Issoire excepté, nulle autre ville en Auvergne ne se recommande par une toilette aussi soigneusement faite et un sentiment aussi exact des exigences de l’hygiène élémentaire.

Riom, il est vrai, doit en partie sa propreté et sa gaîté à une particularité qui fait défaut à plus d’une ville d’Auvergne, notamment à Clermont, l’abondance de l’eau. On ne peut y faire dix pas sans rencontrer une fontaine, et l’on sait à quel point cet élément de pureté contribue à rendre aimables les lieux qu’il favorise. Ces fontaines méritent aussi une mention, car elles sont au nombre des curiosités de Riom, non certes pour leurs formes et pour leur élégance, mais pour les-inscriptions dont elles sont invariablement ornées. Il y en a de françaises, il y en a de latines en plus grand nombre encore ; on dirait que cet humble emploi du talent poétique a paru tout particulièrement tentant aux beaux esprits du Riom d’autrefois. Je me suis donné la peine de les relever pour la plupart à cause de leur abondance même ; elles ne sont pas d’ailleurs sans nous donner leur atome d’instruction. Celle de la place Saint-Amable par