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Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 12.djvu/643

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d’industries et d’ateliers ; Tarare ne possède véritablement qu’une seule grande fabrique, celle de M. Martin, et celle-là n’a pas pour objet la fabrication de la mousseline, mais celle du velours et de la peluche. M. Martin, qui a gardé reconnaissance à la Revue des Deux Mondes des mentions fréquentes dont son établissement a été l’objet, nous fit visiter avec l’obligeance la plus empressée ses ateliers et très particulièrement l’orphelinat qui leur est adjoint, et où 400 ou 500 jeunes filles font leur apprentissage en payant pour tous frais d’éducation, de logement, de nourriture, le mince salaire qui peut récompenser un travail encore inhabile ou d’exécution facile, comme le moulinage et le dévidage de la soie, qui sont ceux auxquels elles sont pour la plupart occupées. Tous comptes faits, les dépenses de l’orphelinat excèdent, me dit-on, chaque année d’environ 50,000 francs le produit du travail novice de ces jeunes filles. Nous n’avons rien à ajouter à l’éloquence de ce chiffre ; tout éloge d’un tel emploi de la fortune serait superflu, il suffit de le mentionner.

Après l’excursion à Tarare, mes hôtes de La Flachère voulurent me conduire au château de Monmelas, appartenant à M. le comte Philippe de Tournon, qui nous y reçut avec une courtoisie dont il serait difficile de perdre le souvenir. Parmi les choses précieuses que possède le château, on me montra divers objets qui conservent la mémoire du cardinal François de Tournon. Abbé de la Chaise-Dieu en Auvergne, évêque d’Embrun, puis de Bourges, puis archevêque de Lyon, puis cardinal, négociateur de François Ier et de Henri II auprès de l’Espagne et du saint-siège, président du décevant colloque de Poissy, il fut même un instant désigné pour la papauté à la mort du pape Caraffa, et faillit renouveler ainsi au profit de l’influence française l’histoire d’Adrien d’Utrecht, le précepteur de Charles-Quint. C’est un des hommes les plus illustres de sa maison et l’un des personnages les plus considérables du XVIe siècle. Un vieux tableau conservé à la galerie du château de Monmelas le représente présidant le colloque de Poissy ; mais, si nous voulons savoir dans quel esprit il exerça cette fonction et quelle fut la vraie nature de ses opinions, adressons-nous plutôt à ce rituel manuscrit et orné d’enluminures expressément copié pour lui par un moine relevant de son autorité. Ce manuscrit est contemporain du concile de Trente, dont les doctrines n’eurent pas de plus zélé partisan que le cardinal de Tournon. N’est-ce pas en effet la préoccupation de ces doctrines qui se laisse apercevoir dans ce symbole eucharistique choisi pour blason ecclésiastique par le cardinal, un calice sur lequel pleut la manne céleste avec cette devise : non que super terram ? C’est ce blason de sa foi qui forme le frontispice même du