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Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 12.djvu/629

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entièrement récusable. Or, le témoignage de la mère écarté, comment la preuve de la paternité pourrait-elle être fournie ? Les enfans légitimes ont en leur faveur la présomption légale : pater is est quem mtptiœ demomtrant. Cette présomption les dispense de prouver leur filiation. Les enfans naturels ne pouvant s’en prévaloir, et le témoignage de la mère étant frappé de nullité, à quel moyen pourront-ils recourir pour faire valoir leur droit théorique ? Le droit ne leur en fournit aucun. Le droit ne peut être invoqué en faveur de la recherche de la paternité. En revanche, n’a-t-elle pas de son côté la morale et la religion ? Pas davantage, encore moins, s’il est possible.

Ah ! sans doute, reprend le savant et subtil professeur d’Heidelberg, l’interdiction de la recherche de la paternité pourrait être taxée d’immorale et d’irréligieuse, si elle se fondait sur l’affirmation que l’enfant naturel n’a point de droits ou en a moins que l’enfant légitime ; mais ces droits, on ne les lui refuse point, on les lui accorde de la manière la plus complète. Seulement, la preuve de la paternité ne pouvant être acquise, en vertu de la nature même des choses, ces droits qu’on lui reconnaît sans réserve aucune, on lui refuse l’autorisation de s’en prévaloir, voilà tout. En cela, l’interdiction de la recherche de la paternité est-elle en opposition avec la morale ? Bien au contraire. « Ce refus d’une action en justice est fondé sur les principes mêmes de la morale, loin d’être en opposition avec eux. En effet, l’un des premiers et des plus impérieux commandemens de la morale est celui-ci : ne faites pas de tort à autrui, ne soumettez personne arbitrairement à une contrainte physique. Or n’est-ce pas l’arbitraire le plus manifeste de condamner quelqu’un sur des preuves insuffisantes ? Il est facile de comprendre comment des hommes estimables, justement indignés de la conduite d’un individu qui, selon toutes les apparences, ayant séduit une femme et l’ayant rendue mère, renie cependant légèrement sa paternité, il est facile, dis-je, de comprendre que ces hommes se trouvent offensés par une loi qui, pour ainsi dire, accorde aide et protection à un semblable scandale ; mais cette indignation morale, inspirée par une action coupable, ne devient-elle pas elle-même immorale du moment qu’elle a pour résultat de porter atteinte à l’impartialité du juge ? » En fait d’argumentation, n’est-ce pas le fin du fin ?

Maintenant, au point de vue de la politique, autrement dit de l’utilité publique, faut-il regretter que le droit commande d’interdire la recherche de la paternité ? Pas le moins du monde. La politique est aussi complètement d’accord sur ce point avec le droit que la morale et la religion. C’est la troisième proposition du savant docteur, et il la démontre en déployant à la fois les ressources de