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Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 12.djvu/571

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diverses, descendre peu à peu l’échelle de la dégradation jusqu’au point où nous les voyons presque immobiles aujourd’hui.

Quelques faits bien constates permettent de conclure qu’il en fut souvent ainsi. Les Boschimans par exemple ont été présentés par certains voyageurs comme une race à part, la dernière des races humaines. Bory de Saint-Vincent nous les montre tellement abrutis, qu’ils ne peuvent même servir comme esclaves ; sans habitations, nus, errant dans les forêts par petites bandes ou familles séparées, se nourrissant de racines sauvages, d’œufs de fourmis, de lézards, de serpens, d’insectes immondes, à peine sont-ils au-dessus de l’orang-outang. Voilà peut-être le vrai point de départ de l’humanité, l’image fidèle de l’homme au sortir de la brute ! — Informations prises, le tableau a été trouvé beaucoup trop sombre, et des inductions tirées de la comparaison des langues ont établi l’identité de race entre les Boschimans et les Hottentots. Chassés de leur pays à la suite de luttes intestines, ces malheureux Boschimans, de pasteurs qu’ils étaient, sont devenus voleurs ; traités en bêtes fauves, ils en ont pris l’aspect et les mœurs. Leurs ancêtres n’avaient pas ’subi cette honteuse dégradation, et n’étaient pas sans doute inférieurs à ces Hottentots modernes sur l’intelligence et la moralité desquels Kolben nous a laissé des témoignages presque flatteurs.

Ce fait, signalé par le docteur Prichard, d’autres encore recueillis par M. Tylor, donnent un grand poids à l’opinion que les races qui occupent aujourd’hui les derniers degrés de l’échelle humaine sont tombées fort au-dessous du niveau primitif. Il est d’ailleurs impossible de concevoir que l’homme ait jamais vécu en dehors de toute société, fût-ce la plus étroite, la famille, et toute société implique, chez ceux qui la composent, certaines notions morales élémentaires, les idées de justice, de droit et de devoir. Ces idées, à leur tour, en impliquent d’autres, celles d’une sanction de la vie future, d’un être rémunérateur et vengeur. Les concepts moraux essentiels à l’humanité s’enchaînent par les liens d’une déduction invincible ; poser l’un d’eux, c’est les poser tous. Sans doute, à l’origine, cette déduction ne fut pas clairement aperçue, une intuition aussi vive qu’indistincte précéda l’analyse et la réflexion, mais le fait primordial et vraiment caractéristique de l’esprit humain fut la conscience immédiate d’une règle du bien et du mal, quelles qu’en aient été les applications particulières, et de ce fait découla, selon nous, l’ensemble des doctrines religieuses et des croyances relatives à la destinée de l’âme après la mort.

Ce sont là, il est vrai, des considérations a priori ; elles ne nous dispensent pas de suivre les transformistes sur leur propre terrain et de discuter l’explication qu’ils prétendent fournir. C’est ce que