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Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 12.djvu/527

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l’effet général. L’ensemble ne manque pourtant pas d’ampleur et de noblesse ; par malheur, faute de place pour les ateliers et les magasins, on a bouché les portiques jusqu’au tiers environ de la hauteur des colonnes, on a bâti là des galeries en planches qui sont bien tout ce qu’il y a de plus disgracieux et de plus triste à l’œil. La balustrade de l’attique qui surmonte l’entablement se profilerait avec bonheur sur l’azur du ciel et le vert des platanes, si quelque chose se détachait jamais sous ce ciel presque toujours bas et voilé, si tout ne s’y éteignait et ne s’y confondait dans la brume. Le climat est vraiment ici cruel pour les architectes et les sculpteurs ! On a beau s’être servi d’une belle pierre, dont le grain serré résiste aux intempéries de l’hiver et garde aux arêtes des moulures toute leur netteté ; les brouillards, mêlés de fumée de charbon, déposent sur toutes les surfaces que baigne l’air du dehors une épaisse couche de crasse et de suie. Cette teinte fuligineuse n’est par malheur pas même uniforme ; elle est tachée de blancheurs importunes qui en font encore ressortir l’opacité et la laideur. Tel plan vertical, le long duquel glisse librement J’eau de pluie, est resté presque blanc ; tout ce qu’abrite une saillie est enfumé et sombre. C’est surtout dans les sculptures que cette inégalité de ton produit un effet déplorable. On obtient ainsi un mélange de noirs et de clairs où la couleur acquise du marbre contrarie, en le faussant ou l’exagérant, le jeu naturel de la lumière et de l’ombre tel que l’avait cherché l’artiste. Sous cette espèce de voile qu’interrompent et que déchirent par endroits des jours mal placés, le mouvement et le modelé des figures se dérobent.

Par ses origines, par l’âge des collections qui en ont fourni le premier noyau, le Musée-Britannique a donc un passé qui représente déjà plus d’un siècle, et l’Angleterre n’a rien épargné pour que l’édifice fût digne des trésors qu’il renfermait. Il forme ainsi comme la transition, il tient le milieu entre ces musées tout jeunes, tels que celui de South-Kensington, qui sont nés de l’industrie contemporaine et qu’elle a bâtis en fer, comme des halles ou des gares, et ces vieux musées, enfans de la renaissance italienne ou française, qui sont eux-mêmes des bâtimens admirés, des modèles de goût, la représentation attachante et sincère d’une époque passionnée pour les arts, d’un génie original. Ce n’est point le Vatican, les Offices ou le palais Pitti, ni le Louvre ; il n’a point, comme ces glorieux édifices, cette beauté architecturale et, si l’on peut ainsi parler, ce caractère personnel qui n’appartiennent qu’aux œuvres de peuples et de siècles privilégiés ; il n’a pas ce prestige des souvenirs lointains que le temps seul peut donner, comme seul il fait croître ces grands chênes et ces ormes puissans qui font le charme