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Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 12.djvu/478

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où des hommes peuvent après tout arriver à se faire une opinion sur un seul député appelé à les représenter.

Non, évidemment, on n’a pas réussi à relever la fortune du scrutin de liste, à ébranler les vigoureuses démonstrations de M. Dufaure, et les raisons qu’on a invoquées dans cette discussion d’ailleurs ne sont pas toutes également sérieuses. Une des recommandations les plus singulières et les plus inattendues en faveur du scrutin de est à coup sûr celle qu’on est allé chercher dans l’histoire, dans les combinaisons électorales de 1817, dans les discours de M. Laine, de M. Royer-Collard, de M. de Serre. Comment M. de Marcère, M. Ricard, ont-ils pu s’y méprendre et se laisser duper par ces fausses analogies historiques ? Quelle ressemblance y a-t-il entre la situation de 1817 et situation d’aujourd’hui ? À cette première époque de la restauration, presqu’au lendemain des événemens de 1815, il y avait à décider comment serait formée la chambre des députés dans des conditions tracées d’avance par la charte. On n’était électeur qu’en payant 300 francs d’impôts ; pour être éligible, il fallait payer une contribution de 1,000 fr. ; dans la France entière, il y avait moins de 100,000 électeurs. La question,telle qu’elle se posait en 1817, au milieu des réactions du temps, n’était certes pas des plus simples. De quelle hommes éminens qu’on invoque, M. Laine, M. Royer-Collard, M. Guizot, en portant l’élection au chef-lieu du département ? Ils voulaient favoriser la prépondérance des intérêts nouveaux, des classes moyennes arrivées à la fortune par la propriété ou par l’industrie la révolution. Le point essentiel dans leurs combinaisons n’était pas le scrutin de liste, c’était principalement le scrutin direct dont classes moyennes devaient profiter, et ce collège départemental qui en effet créé par la loi de 1817, on ne le choisissait pas comme au scrutin d’arrondissement, dont personne ne parlait alors, qui n’est apparu que plus tard, on l’opposait à tout un ensemble d’élections indirectes, d’assemblées primaires, où la droite croyait trouver un moyen de relever son influence et sa fortune politique.

Oui en effet, comme on le dit, M. Laine, M. Royer-Collard, étaient pour le scrutin départemental : ils le proposaient seulement avec des électeurs censitaires peu nombreux, qui le plus souvent dans chaque département, sauf Paris et quelques grandes villes, ne s’élevaient pas à 600, qui devaient se rendre au collège électoral, dont le président nommé par le roi. Oui, ces hommes illustres faisaient adopter le vote direct et collectif ; mais c’était un vote émis au département même par des classes dont ils croyaient élever la puissance politique contre les révolutionnaires aussi bien que contre les élémens de réaction. Quel rapport tout cela peut-il avoir avec la situation d’aujourd’hui, la pratique du suffrage universel, avec le scrutin de liste qu’on pro-