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Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 12.djvu/476

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controverse passionnée, désigné comme le champ de bataille oîi allaient se rencontrer les partis et le gouvernement. Qu’un débat ouvert dans ces conditions, sous cette préoccupation, ait été d’abord assez décousu, c’est bien clair. L’inéligibilité des militaires, que la n’avait pas voulu inscrire dans la loi, a été prononcée fort sagement, mais un peu à l’improviste, avec une certaine incohérence. D’autres questions sont restées en suspens, presque tous les articles ont été arrêtés au passage. Les auteurs d’amendemens se sont fait un jeu de retirer des propositions qu’ils se réservent de reproduire une troisième lecture, et on ne s’est même pas demandé si c’était un procédé bien régulier d’éluder ainsi par un coup de tactique la garantie des trois lectures. À un autre moment, on y aurait songé un peu plus, il faut le croire, on eût mis sans doute plus de suite, plus de et même plus de clarté dans la préparation ou dans l’examen d’une loi de premier ordre, qui touche à de si nombreux et de si sérieux intérêts. L’autre jour on n’avait pas le temps de penser à tout ; on a traité malheureuse loi électorale avec une certaine distraction impatiente, tant on avait hâte de courir au point essentiel, au rendez-vous de On y est arrivé au plus vite, et ici du moins la discussion a été complète, animée, souvent instinctive ; elle a marché droit au but sans déviation, sans incident tumultueux.

La question a été poussée à fond en deux séances pendant lesquelles les deux systèmes ont été aux prises. La cause du scrutin de liste était aux mains des rapporteurs de la commission, M. de Marcère et M. Ricard, qui, à la dernière heure, ont trouvé en M. Gambetta un auxiliaire dont l’intervention a été plus brillante qu’habile. Le scrutin d’arrondissement a eu pour défenseurs M. Antonin Lefèvre-Pontalis, qui a vivement engagé la lutte, M. le garde des sceaux, dont la raison éloquente a décidé la victoire, et qu’on le remarque, le résultat de cette discussion bien menée a été aussi net que possible, peut-être plus décisif qu’on ne le prévoyait. On n’a pas eu même besoin de se replier sur un de ces amendemens de transaction qui avaient été présentés, que acceptait à demi. C’est le scrutin d’arrondissement pur et simple qui a triomphé du premier coup, avec cette seule condition que, là où il y a plus de 100,000 habitans, il y aura plusieurs circonscriptions. Voilà le fait qui a certainement une importance constitutionnelle et politique, qui n’est pas seulement une victoire de majorité, qui est aussi une de bon sens et de prévoyance pratique dans les circonstances où nous sommes.

C’est l’éternelle puérilité des partis vaincus de se consoler de leurs défaites en jouant une petite comédie, en refusant à leurs adversaires victorieux et en s’attribuant à eux seuls le talent, les lumières, l’éloquence, le patriotisme. Ils sont vaincus, c’est vrai, ils ne restent pas