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Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 12.djvu/463

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comme dans un vaste réservoir : l’Ems, le Vecht, l’Yssel, l’Amstel, le Rhin, la Meuse, l’Escaut, se donnent rendez-vous aux Pays-Bas, et, grâce à leurs rives plates, les moindres crues deviendraient des inondations sans les massifs remblais qui les contraignent à suivre leur cours. Parfois pourtant la nature déjoue ces précautions : comme ces fleuves coulent sur un terrain mouvant, il leur arrive de s’ensabler. Par exemple, jusqu’en 869, le Rhin avait son embouchure au-dessus de Leyde ; mais à cette époque il s’encombra et ne trouva plus d’issue. En 1709, 4in canal lui rouvrit la voie, et quelques années plus tard de nouveaux ensablemens arrêtèrent encore les eaux; c’est en 1807 seulement que fut achevé le percement des dunes qui lui assure aujourd’hui un passage. En ces derniers temps, la Meuse a donné des embarras analogues : la navigation y devenait chaque jour plus dangereuse, et on a dû y exécuter de grands travaux.

On ne s’étonnera pas que, dans de telles conditions, la Hollande se soit surtout occupée des constructions hydrauliques et qu’en ce genre elle n’ait pas de maîtres. Là, chacun s’intéresse aux digues, aux écluses, aux canaux : du bon entretien de ces ouvrages dépend la prospérité privée et publique. Le gouvernement lui-même a créé, sous le nom de Waterstaat, une sorte de ministère des eaux, conseil supérieur que composent les ingénieurs et les savans les plus distingués, car la défense du pays contre l’inondation exige une vigilance incessante et une science sûre de son fait. Dans ces plaines basses, couvertes d’alluvions et de dépôts tourbeux, sur un fond compressible, toutes les ressources de l’art deviennent indispensables pour établir les puissantes constructions qu’exige la sécurité du pays. Aussi les travaux publics ont-ils pris dans cette contrée un admirable essor. Il suffit de rappeler le canal de Nord-Hollande, où deux frégates pourraient naviguer de front, ces ponts avec des travées d’ouverture de 120 à 150 mètres, ce port créé sur une côte droite, avec des jetées longues chacune d’un kilomètre et demi. A voir toutes ces entreprises hardies, réalisées avec tant de bonheur, il semble que le courage des Hollandais s’exalte en proportion même de la difficulté de l’ouvrage. Au commencement de ce siècle, on desséchait le lac de Harlem, grand de 18,000 hectares. Dans les quinze dernières années, on a rendu à la culture le golfe de l’Y, avec une dépense de 64 millions de francs. Maintenant il ne s’agit de rien moins que de couper par une énorme digue la moitié du Zuiderzée, et d’ajouter au royaume une douzième province. Le Waterstaat, la chambre, le gouvernement, s’intéressent tous au projet. Le moment est donc venu d’étudier ici l’histoire de cette entreprise, les moyens d’exécution et les résultats espérés.