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Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 12.djvu/440

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REVUE DES DEUX MONDES.

que, s’il avait des défauts, ce ne pouvaient être que des défauts trop magnifiques pour qu’il eût à en rougir.

— Sais-tu ce que je viens de lui proposer? dit-elle en se penchant vers moi avec la confiance filiale qu’elle m’a toujours témoignée et en rougissant un peu. Je suis prête à changer de religion, s’il me l’ordonne. Il y a des momens où je suis terriblement lasse d’assister aux cérémonies du catholicisme en simple spectatrice; ce serait un soulagement pour moi de venir ici pour prier. Après tout, les églises sont faites pour cela comme nos temples. Donc, Camillo mio, si l’idée que je suis une hérétique jette une ombre sur votre cœur, j’irai m’agenouiller devant le bon vieux prêtre qui entre dans ce confessionnal, et je lui dirai : « Mon père, je me repens, j’abjure, je crois, — baptisez-moi au nom de la vraie foi. »

— Si c’est une concession que tu veux faire au comte, répliquai-je, il devrait te donner l’exemple en devenant protestant.

Elle avait parlé d’un ton léger, mais avec une ferveur mal dissimulée. Le jeune homme la contempla d’un air grave et surpris, puis secoua la tête.

— Gardez votre religion, dit-il. Si vous essayiez d’embrasser la mienne, peut-être n’étreindriez-vous qu’une ombre. Je suis un pauvre catholique; je ne comprends guère ces chants et ces splendeurs. Lorsque j’étais jeune, j’ai eu bien de la peine à apprendre mon catéchisme, et on me traitait de païen. Il ne faut pas que vous soyez meilleure catholique que votre mari. Quoique je ne comprenne pas non plus votre religion, je vous prie de n’en point changer. Si elle a servi à faire de vous ce que vous êtes, elle ne saurait être mauvaise. — Et, prenant la main de Marthe, il allait la porter à ses lèvres lorsqu’il se rappela qu’il se trouvait dans un endroit où les passions profanes sont mal venues.

— Sortons, murmura-t-il en se pressant le front, cette atmosphère me fait toujours mal.

Le mariage fut célébré au mois de mai, et nous nous séparâmes pour l’été. La mère de la petite comtesse alla répandre sur la haute société de New-York l’éclat de sa noblesse de reflet. Lorsque je revins à Rome, vers le commencement du printemps, je trouvai le jeune couple installé dans la villa, dont on réparait peu à peu les dégradations. Je me mis en frais d’éloquence afin d’empêcher les décorateurs d’avoir la main trop lourde. En ma qualité de peintre toujours à la recherche de « sujets, » j’aurais préféré voir les ruines s’accumuler. Ma filleule partageait mes idées, parfois même elle se montrait plus conservatrice que moi. Je souriais de son zèle archéologique, et je l’accusais d’avoir épousé le comte parce qu’il ressemblait à une statue de la décadence. Je passais mes journées à