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Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 12.djvu/432

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brandebourgeoises étaient situées à l’extrémité de la zone commerciale de l’Europe au moyen âge; le sol sur lequel elles étaient bâties n’était pas riche; le terrain sur lequel elles faisaient leurs échanges n’était pas sûr : aucune ne fut assez forte pour prétendre à l’honneur de faire peur aux margraves. Quant à la noblesse brandebourgeoise, elle demeura pauvre, à de rares exceptions près, car le pays n’était point riche, et il ne s’y forma pas de grandes seigneuries. Enfin le margrave se réserva toujours ce qu’il appelait sa « suzeraineté princière. » Personne n’eût osé la contester du temps des Ascaniens, et les margraves surent la faire respecter, même pendant la triste période qui s’écoule entre la mort de Waldemar et l’avènement du premier Hohenzollern. Sigismond de Luxembourg, si faible qu’il fût, résista énergiquement aux empiétemens de la juridiction épiscopale : « Sachez, monsieur, écrivit-il à un évêque, qu’il est venu jusqu’à nous que vous mettez nos villes en interdit avant d’avoir porté plainte devant nous. Or nous entendons rester le juge de nos villes, et notre sérieuse volonté est que vous cessiez sur l’heure d’en agir ainsi; sinon nous avons commandé qu’on vous donnât du tracas, à vous et aux vôtres, que cela vous plaise ou non. »

Ce n’étaient point là des paroles en l’air, ni de vaines prétentions, comme en ont les pouvoirs déchus. Un curieux procès qui s’éleva au XVIe siècle entre l’empire et la Marche abonde en témoignages qui attestent la permanence du caractère exceptionnel de l’autorité margraviale. Quand Maximilien d’Autriche créa la chambre impériale, il inscrivit les évêques de la Marche, comme ceux au reste de l’Allemagne, parmi les princes relevant directement de l’empire, et de qui les querelles devaient être portées devant la juridiction nouvelle. Le margrave protesta, alléguant que les évêques de Brandebourg, de Havelberg et de Lebus n’avaient rien à voir avec l’empire, puisqu’ils tenaient leurs régales et leurs fiefs uniquement de leurs seigneurs les margraves. Au cours du débat, qui dura longtemps et qui n’eut pas de conclusion, — ce qui équivaut à un désistement de l’empire, — il fut produit un grand nombre de documens, dont plusieurs remontent au temps des margraves ascaniens, et des témoins autorisés vinrent déposer contre les prétentions impériales. De leurs dépositions, il résulte que les évêques étaient sujets brandebourgeois et non princes d’empire, qu’on en appelait de leurs tribunaux, non à l’empereur, mais au margrave, et que les lettres impériales adressées aux évêques passaient d’abord par les mains du margrave. Les évêques devaient au margrave le service militaire et le service de cour; leur place était marquée dans les cérémonies; ils portaient les couleurs du suzerain, et se disaient, dans les lettres qu’ils lui écrivaient, « de sa grâce électorale, les chapelains très soumis; » le margrave les