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Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 12.djvu/431

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dans leurs villages, leurs villes et leurs fiefs : telle est la population de la Marche. Un suzerain, presqu’un souverain, qui n’a pas de conditions à subir, pas de droits antérieurs à respecter, qui est lui-même pour ainsi dire antérieur à ses paysans, bourgeois, vassaux, évêques, et par conséquent leur est supérieur : tel est le margrave. Entre le margrave et ses vassaux ou sujets, des relations nombreuses, mais simples; nombreuses, parce que chacun de ces vassaux ou sujets avait envers lui des obligations personnelles, simples, parce qu’ils n’étaient point séparés de lui par les degrés multiples de la hiérarchie féodale : telle est à l’origine la constitution politique et sociale du Brandebourg. Elle s’altéra peu à peu, mais ne s’effaça point.

Elle s’altéra parce que les margraves, obligés de pourvoir aux frais d’une guerre sans trêve et d’une administration coûteuse, connurent de bonne heure les rigueurs d’une détresse financière, qui les força de battre monnaie avec leurs droits et leurs revenus. On vit alors des églises, des monastères, des villes, même de simples bourgeois acheter les droits seigneuriaux, tantôt sur une partie du village, tantôt sur un village entier, quelquefois sur tout un district. On vit les seigneuries se former et la population rurale tomber dans le servage, les villes acheter une indépendance presque complète. A la fin, les margraves furent contraints, pour avoir abusé des levées d’impôts, à traiter avec leurs sujets et à subir des conseils chargés d’exercer sur eux un contrôle financier. On commettrait pourtant une grande erreur, si l’on s’imaginait que l’institution primitive disparut dans le chaos et que le margrave devint un suzerain nominal, comme le duc de Saxe, après la chute d’Henri le Lion. Son autorité, menacée de toutes parts, ne fut pas sérieusement atteinte. Les conseils organisés pour le contrôle financier devinrent, il est vrai, les états provinciaux; mais l’action de chacun de ces petits parlemens demeura circonscrite dans d’étroites limites, et aucun lien ne rattacha ces fragmens d’une représentation politique brandebourgeoise. Des états-généraux auraient pu faire échec au margrave de Brandebourg; mais le margrave de Brandebourg demeura toujours supérieur aux états provinciaux de la Vieille-Marche, de la Lusace, de Lebus, etc. En lui demeura personnifié l’état brandebourgeois. D’ailleurs ni ses villes, ni ses vassaux, au profit desquels il avait aliéné un si grand nombre de ses droits, ne devinrent assez puissans pour conquérir une indépendance absolue. Quelques-unes des villes de la marche commencèrent à jouir d’une certaine prospérité au XIIe siècle, et entrèrent dans la ligue hanséatique, mais elles demeurèrent fort inférieures aux villes allemandes : qu’est-ce que Stendal, Salzwedel, Berlin, Brandebourg, Francfort-sur-l’Oder, à côté de Cologne, Brème, Hambourg, Lübeck, Nuremberg, Vienne? Les villes