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Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 12.djvu/423

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toutes les extrémités de la fortune. A peine entrée dans la communauté chrétienne, la Pologne se fait conquérante ; au commencement du XIe siècle, elle déborde sur la rive gauche de l’Oder; mais bientôt, et pour une longue succession d’années, elle est occupée par des guerres avec tous ses voisins, et par de violentes dissensions qui, à cause de l’incertitude des règles sur la transmission du pouvoir, se renouvellent à chaque avènement. Toute la rive gauche de l’Oder échappe à sa suzeraineté : les margraves y avancent d’un pas lent, mais qui ne s’arrête pas. Ils atteignent le fleuve, puis le dépassent, et la frontière de la Marche pousse le long de la Warta et de la Netze sa pointe vers la Baltique.

En même temps qu’ils s’avançaient vers l’est, les margraves faisaient des progrès au nord; c’est là qu’ils se heurtèrent au Danemark. Chaque fois qu’il était gouverné par des mains habiles, le vaillant petit royaume scandinave disputait aux Allemands la région de l’Elbe inférieur : aux XIIe et XIIIe siècles, une succession de grands princes, Waldemar Ier , Canut VI, Waldemar II, lui assura pour un temps la victoire. Ce dernier se fait confirmer par l’empereur Frédéric II les conquêtes de ses prédécesseurs et les siennes; il obtient la renonciation de l’empire à tous les pays situés sur la rive droite de l’Elbe : le Holstein, la grande ville libre de Lübeck et celle de Hambourg passent sous sa domination et Waldemar s’appelle « roi des Danois et des Slaves, seigneur de la Nordalbingie. » Tous les princes de l’Allemagne orientale essayèrent leurs forces contre lui, mais durent faire leur paix les uns après les autres : les margraves de Brandebourg se résignèrent les derniers. Cependant le Danemark, comme plus tard la Suède pendant la guerre de trente ans, avait fait un effort au-dessus de sa puissance réelle. Quelque admirablement policé qu’il fût, il ne pouvait entretenir longtemps sans s’épuiser des armées de 160,000 hommes et des flottes de 14,000 bateaux. Au reste, il devait beaucoup aux qualités personnelles de son prince, homme de guerre, diplomate, administrateur consommé. Or un des vassaux de Waldemar qui avait à se plaindre de lui s’inspira, comme dit un historien allemand, de la maxime : « aide-toi toi-même, » et il commit un acte dont la « force objective » fut, comme dit un autre écrivain du même pays, considérable. Ces mots pédantesques dont nos voisins se servent pour braver la morale, comme on se sert du latin pour braver l’honnêteté, annoncent une de ces trahisons que les Allemands excusent si volontiers quand elles profitent à l’Allemagne. En effet ce vassal, pieux personnage qui venait de rapporter de la terre-sainte, dans une fiole d’émeraude, une goutte de sang du Sauveur, alla trouver un jour le roi son suzerain, qui l’accueillit à merveille et lui offrit le couvert et