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Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 12.djvu/421

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au XIIIe siècle ; mais quelle indifférence pour le troupeau infidèle qui lui était confié ! Anselme est envoyé par le pape à Constantinople pour argumenter sur la question de savoir si le Saint-Esprit procède du Père seul ou bien du Père et du Fils tout ensemble. Quand Albert eut reconquis le diocèse, il fallut bien qu’Anselme habitât sa ville épiscopale : elle n’était point gaie; l’évêque se mit à relire les œuvres des pères ; il entretint une vaste correspondance avec ses amis, écrivit le récit de son ambassade théologique; bref, il s’ennuyait, mais il disait aux siens : « Il vaut mieux être dans l’étable du Christ que devant le tribunal, entouré de Juifs qui crient : Qu’il soit crucifié! qu’il soit crucifié! » Et le prélat, qui préférait l’étable au calvaire, s’empressa, lorsque le pape l’eut élevé à l’archevêché de Ravenne, de quitter le poste militant et obscur où Albert l’Ours l’avait placé. Le margrave n’était pas plus zélé que l’évêque; il a frappé ses plus rudes coups sur des Allemands, et sans nul doute, pour être duc de Saxe, il aurait donné avec joie tout son domaine transalbin et la gloire de gagner au paradis les âmes de tous les Slaves réunis. C’est seulement la suite des événemens qui a décidé que l’acte le plus important de sa vie fut la prise de possession de quelques lieues carrées sur la rive droite de l’Elbe, et il a fallu toute la bonne volonté des historiens allemands pour transformer ce batailleur en champion de la Germanie et en apôtre du christianisme.


II.

Aucun état ne fut plus faible à son début ni plus menacé que ce petit état brandebourgeois à sa naissance. Qu’on se figure en effet un pauvre territoire, à peu près égal en superficie au quart de la province actuelle de Brandebourg, situé sur les deux rives de l’Elbe moyen, dans cette plaine de l’Allemagne du nord, où il est impossible de se couvrir par aucune frontière naturelle, de sorte que les petits et les faibles semblent une proie désignée à l’appétit des grands et des forts. Il est vrai que le Brandebourg est bien placé pour s’agrandir : à l’est, dans le pays des Wendes, vaincus et désorganisés, l’espace s’ouvre devant lui, tandis que les états du centre de l’Allemagne sont pressés les uns contre les autres, que les Alpes arrêtent ceux du sud, et que la royauté capétienne menace ceux de l’ouest; mais le duché de Saxe, l’archevêché de Magdebourg, la marche de Misnie, sont aussi bien placés que le Brandebourg; ils ont les mêmes ambitions et sont plus puissans que lui. Enfin il est impossible que les margraves fondent une véritable principauté tant que les successeurs de Charlemagne pourront du