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Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 12.djvu/416

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histoire de ce pays, qui est le véritable berceau de la monarchie prussienne. Ce sont eux qui, après avoir opposé aux dernières bandes envahissantes la barrière de leurs épées, attaquent la Germanie pour lui imposer leurs lois et la foi chrétienne : les Mérovingiens commencent l’œuvre, et les Carlovingiens l’achèvent. Charlemagne, après avoir, par le fer et par le feu, soumis et converti la Saxe, guerroie contre les Wendes, qu’il oblige au tribut. Si la mort ne l’eût pas arrêté, il aurait fait entrer de force ces païens dans la communauté chrétienne, dont il était le chef laïque; mais il n’eut que le temps d’armer contre eux la frontière orientale de l’Allemagne, le long de laquelle il échelonna les marches. C’étaient de petits états organisés pour l’offensive et pour la défensive : combattre les Wendes, exiger d’eux le tribut, appuyer par la force la prédication chrétienne, tel était l’office de leurs chefs, qu’on appelait margraves, c’est-à-dire comtes de la frontière, et qui étaient les sentinelles avancées de l’empire chrétien.

Il était inévitable qu’à la mort de Charlemagne la lutte s’engageât, sur les rives de l’Elbe, entre les deux races et les deux religions ennemies. Elle dura plusieurs siècles. Les Slaves valaient à coup sûr les Germains du temps de Tacite, mais ils n’étaient point de force à lutter contre les Allemands civilisés et organisés par la conquête franque. Ils furent protégés par diverses circonstances : la faiblesse et l’impuissance des successeurs de Charlemagne, les guerres intestines et les invasions de Normands et de Hongrois qui désolèrent l’empire. Les margraves défendirent mal les postes où ils étaient comme oubliés, et l’Elbe demeura la frontière mal assurée de l’Allemagne mal unie. Un moment, il sembla que l’œuvre de Charlemagne allait être reprise, quand le danger réveilla le sentiment national et que le duc de Saxe, Henri l’Oiseleur, fut élu roi allemand. Les Hongrois furent repoussés, les Wendes vigoureusement attaqués, et même en grande partie convertis et soumis. Sous Henri et sous son successeur Otton, la prédication accompagne la conquête; missionnaires et margraves se donnent la main ; des évêchés sont fondés en même temps que des forteresses. Magdebourg est érigée en métropole des pays slaves, où Otton veut qu’elle reprenne le rôle si bien joué en Germanie par Mayence; Brandebourg et Havelberg deviennent des sièges épiscopaux. Quelques années de plus auraient suffi pour faire entrer les Wendes dans le royaume de Germanie; mais Otton prépara de ses mains la destruction de son œuvre. En relevant, pour la placer sur sa tête, la couronne impériale tombée au pouvoir des petites maisons italiennes, il s’abandonna au rêve irréalisable de la domination universelle. Il sentit la première atteinte de la passion pour l’Italie qui perdit ses successeurs. Ceux-ci veulent dominer Milan, la reine des cités lombardes,