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Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 12.djvu/367

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se réservant de la faire aussi conservatrice que possible. C’était là le programme de M. Thiers, et de concert avec lui il s’efforça de le réaliser.

Mais à côté, au-dessus du problème de la politique intérieure, il y avait un autre problème dont la solution lui était spécialement confiée. La France était encore occupée par les troupes étrangères, et de grands doutes s’élevaient sur l’époque où la libération du territoire national pourrait être obtenue. Par bonheur, la France avait à la tête de son gouvernement un de ces hommes rares que peuvent seuls former un heureux ensemble de facultés éminentes et une grande habitude des affaires, connu et apprécié de l’Europe entière, accepté en France par tous les partis, rompu aux luttes de la politique intérieure comme aux négociations avec l’étranger, versé dans les matières de finances, hardi et prudent tout à la fois. Quand chacun regardait M. Thiers comme l’homme nécessaire, il était armé de toute la puissance de la France, et malgré nos défaites il pouvait parler haut. C’était d’ailleurs une bonne fortune pour lui que d’avoir M. de Rémusat pour associé. Pour dire les services que celui-ci rendit alors à la France, il faudrait écrire l’histoire de ce temps et rechercher dans les dépêches étrangères les preuves de la confiance qu’inspiraient à toutes les cours le chef du gouvernement et son habile ministre. Partout M. de Rémusat était connu comme un de ces hommes d’état dont la parole est inviolable et que l’intérêt le plus pressant n’y ferait pas manquer. On le croyait quand il affirmait que la France était résolue à accomplir tous ses engagemens et qu’elle pouvait le faire. C’est ainsi que le gouvernement de M. Thiers, ce gouvernement tant calomnié aujourd’hui, obtint la signature du traité qui hâtait l’évacuation du territoire et rendait la France à elle-même. Certes le plus grand mérite de cet acte mémorable appartient au président de la république, et quand, peu de jours avant de le renverser, l’assemblée déclarait qu’il avait bien mérité de la patrie, l’assemblée n’était que juste. Bien que son nom ne fût pas écrit dans ce vote, M. de Rémusat en avait sa part, et ce sera pour sa mémoire un éternel honneur.

Paris, avec toute la France, avait applaudi au traité d’évacuation, et il était naturel de croire qu’il s’en montrerait reconnaissant, s’il en trouvait l’occasion. Aussi peu de jours après ce traité, quand Paris se préparait à nommer un député, le nom de M. de Rémusat fut-il prononcé, et dans le premier moment personne ne doutait du succès. Lui seul était peu confiant. Il savait que ses opinions très conservatrices, bien que franchement républicaines, n’étaient pas celles de la majorité du corps électoral parisien, et il répugnait à se donner en pâture aux passions violentes des démagogues aussi bien