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Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 12.djvu/366

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Convenez, ajoutait-il, que c’est une triste chose que notre vieillesse. Pendant cinquante ans, nous n’avons pensé qu’à faire notre patrie libre, et nous finissons en ne sachant pas seulement s’il nous restera une patrie ! »

Enfin il se fit une éclaircie. M. Jules Favre signa l’armistice, une assemblée fut librement élue, et M. Thiers, élu par 28 départemens et désigné d’avance au choix de l’assemblée par l’opinion publique, fut chargé de former un gouvernement. Il appela aussitôt à Bordeaux son vieil ami, dont le fils venait d’être nommé à Toulouse, et M. de Rémusat répondit à son appel. Il n’était rien et ne voulait rien être, ce qui ne l’empêcha pas de s’associer cordialement aux efforts que faisait M. Thiers pour organiser le nouveau gouvernement. M. Thiers lui demandait plus. Il aurait voulu qu’il se rendît à Vienne en qualité d’ambassadeur ; mais M. de Rémusat pensait que s’engager à son âge dans une nouvelle carrière serait un acte téméraire, et pendant plusieurs jours M. Thiers le pressa en vain. Il finit pourtant par accepter, mais pour se rétracter bientôt avec la résolution arrêtée de rester désormais en dehors de la vie publique. Il était à Versailles en spectateur pendant la guerre avec la commune, et il n’avait pas assez d’éloges pour la résolution, pour l’habileté de ce gouvernement improvisé et surtout pour l’homme éminent qui en était le chef. A cette époque, de nouvelles instances furent faites auprès de lui pour qu’il se présentât dans un des collèges vacans; mais il persista dans son refus. Déjà les penchans réactionnaires de l’assemblée se manifestaient clairement. Il ne voulait pas s’y associer, et d’un autre côté il lui en coûtait de se séparer d’anciens amis avec qui il avait combattu la démagogie en 1848, le despotisme impérial de 1851 à 1870.

Le jour vint pourtant où il dut se rendre. M. Jules Favre avait donné sa démission à la suite d’un vote de l’assemblée qui lui paraissait trop favorable à la cour de Rome. Il fallait le remplacer par un homme qui ne déplût pas trop à la droite sans être suspect à la gauche. Cet homme était M. de Rémusat; M. Thiers fit appel à son patriotisme, et il céda. Le gouvernement préféré de M. de Rémusat était la monarchie parlementaire de 1830, qu’il avait servie et qui lui paraissait réunir les avantages de la république et de la monarchie. Ce qu’il avait vu, ce qu’il savait des princes qui la représentaient n’avait point diminué sa prédilection pour ce qu’il appelait « la république avec un président héréditaire; » mais quand il lui avait paru que cette monarchie était devenue impossible et qu’il restait à choisir entre la monarchie tombée en 1830, l’empire et la république, son choix, comme celui de M. Thiers, avait été bientôt fait, et en 1871, comme en 1848, il s’était rallié franchement, honnêtement, sans arrière-pensée à la république, tout en