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Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 12.djvu/361

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XVIIIe siècle. En lisant la vie de Junius, de Burke et de Fox, on apprend à connaître les événemens et les hommes de la fin du siècle, lord Chatam, lord Rockingham, les Grenville, lord Bute, lord North, lord Shelburne, M. Grey et le grand ministre de cette époque, M. Pitt, sévère, correct, sans imagination, homme pratique avant tout. La prédilection de M. de Rémusat pour son rival ne l’empêche pas de lui rendre justice et de reconnaître les grands services qu’il a rendus à son pays; mais c’est une nature trop froide pour qu’il en soit séduit, et il ne lui attribue pas les grandes vues dont on lui fait généralement honneur.

En réunissant ces études, où, tout en parlant de l’Angleterre, il pensait souvent à la France, M. de Rémusat y joignit une introduction dans laquelle, avec l’accent triste et ferme d’un exilé fidèle à sa cause, il exprimait son profond mépris pour ceux dont les convictions changent avec la fortune. « S’ils se repentent, disait-il, qu’ils aillent à la Trappe; mais ils l’entendent autrement. La pénitence les ramène du côté de la fortune. Ils expient leurs égaremens dans l’or et dans la soie. Ils veulent faire du repentir profit. » Et se posant à lui-même la question si souvent controversée de savoir pourquoi la révolution d’Angleterre a réussi et non la révolution française, la grande raison, selon lui, c’est que dans la monarchie anglaise la liberté a le bonheur d’être historique et qu’aucun des principes qui la constituent n’est absolu, pas même celui de l’hérédité royale, toujours subordonné à la nécessité d’état. Or la liberté qui a sa racine dans la tradition nationale est certainement plus vigoureuse que la liberté improvisée et née d’une pure conception de l’esprit. Est-ce une raison pour y renoncer? Non sans doute. « Le temps n’est pas si loin, dit-il, où c’était pour nous un sujet d’orgueil que nos institutions fussent l’œuvre de la raison, et qu’elles eussent cet honneur de n’avoir besoin de la protection d’aucun préjugé. Aujourd’hui la France cesse de penser et de vouloir... Il lui prend comme une mauvaise honte d’avoir trop espéré d’elle-même, et de s’être crue digne de la liberté. Elle emploie ce qui lui reste d’esprit à médire de l’esprit, à décrier ses meilleures pensées et ses plus belles années... Mais, ajoutait-il en s’adressant aux anciens libéraux, gardez-vous de l’entraînement de la faiblesse et de la peur. Par calcul ou par légèreté, par le frivole désir de suivre le courant, n’entrez pas dans la conspiration des intérêts contre les idées, et qu’on ne voie pas les écrivains français désavouer, humbles et contrits, l’œuvre de leurs pères, livrer aux flammes leurs titres de noblesse immortelle et demander pardon au monde d’avoir un peu troublé son repos. Épargnez-lui le scandale de vos conversions; ne vous repentez pas de la gloire de la pensée par cela seulement que toute gloire est périlleuse. Si, vous aussi, le torrent