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Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 12.djvu/34

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plus contraire aux méthodes scientifiques, qui excluent toute autre méthode que celle de l’expérience, tout autre facteur que celui du temps, toute autre idée que les idées positives empruntées à la biologie, et qui ont créé ce mot d’évolution précisément pour l’opposer par son caractère et par ses effets aux révolutions qu’elles nient absolument dans l’histoire de la terre et de l’homme, et dont elles dénoncent, dans l’ordre politique et social, les improvisations superficielles et la stérile violence?

D’où vient la singulière tendresse de la démocratie contemporaine pour ces théories nouvelles? En quoi et par quels côtés s’est-elle rapprochée des méthodes et des doctrines positives, qu’elle préconise avec une sorte d’inconscience qui n’est pas un des moindres signes de la légèreté avec laquelle, de notre temps, se donnent et se transmettent les mots d’ordre de partis? Il a plu à quelques chefs de l’école démocratique de faire acte d’adhésion à ces nouvelles doctrines; tout le parti s’est empressé de faire sa profession de foi, c’est maintenant une formule reçue dans le langage courant de la tribune et de la presse. La jeune démocratie se proclame elle-même en toute occasion « positive et scientifique, » c’est-à-dire qu’elle exclut tout a-priori de la doctrine qui lui sert de base, qu’elle ne reconnaît pour méthode que celle des sciences naturelles et n’admet pour lois que les lois constatées dans cet ordre de faits. Ou cette formule signifie cela, ou bien elle ne signifie rien. Je ne veux pas savoir si dans la pensée de ceux qui l’ont mise en avant il n’y a pas une déclaration de guerre à la métaphysique et aux religions positives, quelque tactique secrète, une offre d’alliance au parti nombreux et puissant des sciences positives, que l’on flatte et que l’on recherche comme une des puissances du jour. Je prends cette dénomination telle qu’on l’emploie chaque jour, et je m’étonne qu’elle ait pu faire fortune. Je m’étonne qu’elle ait pu faire illusion à personne, et surtout à ceux qui l’ont mise si habilement à la mode et qui semblent de trop habiles gens pour être à ce point dupes d’eux-mêmes.

Ces chefs du nouveau parti démocratique ont-ils rien désavoué des entreprises, des méthodes et des doctrines de la révolution française? Ce qu’ils appellent à chaque instant dans leurs programmes et dans leurs discours « les grandes revendications politiques et sociales de la révolution » ne suppose-t-il pas tout d’abord une justice absolue qu’ils interprètent souvent à leur fantaisie, mais qui n’en est pas moins le prétexte de ces revendications? Et n’est-ce pas procéder d’une manière tout intuitive, toute rationnelle, nullement expérimentale, que de poser en principe l’existence indiscutable de cette justice? Les écoles métaphysiques en font-elles plus