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Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 12.djvu/336

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Polignac que la chambre dissoute. Pendant que ces événemens se suivaient presque dans un ordre logique, M. de Rémusat était à son poste, défendant contre les thèses absolutistes les principes du gouvernement parlementaire, dénonçant les manœuvres à l’aide desquelles un pouvoir sans scrupule essayait de tromper l’opinion publique, avertissant le gouvernement du péril où il se jetait par sa folle entreprise, et ses articles pleins des rapprochemens les plus ingénieux, des observations les plus fines, avaient le mérite de plaire aux simples littérateurs autant qu’aux hommes politiques. Malheureusement la polémique politique ne survit pas aux circonstances qui l’ont inspirée, et cette partie si importante de l’œuvre de M. de Rémusat a complètement disparu.

Peu de jours avant l’adresse des 221, le Globe avait subi une transformation. Il était devenu quotidien. Au même moment, MM. Thiers et Mignet fondaient le National, et ils avaient proposé aux rédacteurs du Globe de s’unir à eux pour faire un seul journal qui représenterait la jeune génération. Quelques dissentimens sur des points secondaires empêchèrent ce plan de se réaliser, et les deux journaux eurent une existence séparée; mais à peine avaient-ils paru l’un et l’autre qu’un double procès les appela ensemble dans le prétoire de la police correctionnelle. Le gérant du Globe, M. Dubois, s’y présenta entouré de tous ses collaborateurs, M. de Rémusat à leur tête, et tous se regardèrent comme frappés par la condamnation de leur ami. Pendant que celui-ci était en prison, la direction politique du journal appartenait à M. de Rémusat, et il en accepta sans hésiter la charge et le danger. A ce moment, personne ne pouvait douter que la crise ne fût prochaine, et que, si la résistance nationale était vaincue, les directeurs des deux journaux signalés comme irréconciliables ne fussent sérieusement compromis; mais M. de Rémusat avait le bonheur de n’avoir personne dans son intérieur qui mit la prudence au-dessus du devoir. Veuf depuis deux ans d’un premier mariage avec Mlle Perier, fille de M. Augustin Perier, il venait d’épouser en secondes noces Mlle de Lasteyrie, petite-fille de M. de Lafayette, et il avait trouvé en elle une compagne digne de son grand-père et de son mari, courageuse, dévouée, incapable de donner ou d’écouter un mauvais conseil. Il était donc certain, quand le devoir l’appellerait, de n’en point être détourné par les affections domestiques, et de pouvoir l’accomplir tout entier avec l’assentiment de la personne qui lui était le plus chère.

Aussi le coup d’état de juillet 1830 le trouva-t-il prêt. Devant un tel acte, il n’y avait pas d’hésitation possible, et M. de Rémusat rédigea, de concert avec M. Thiers, la célèbre protestation qui donna le signal du combat. Il fit plus. En tête du Globe du 27 juillet.