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Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 12.djvu/292

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(il faut joindre à ceux qu’on vient de nommer l’Orégon, le territoire de Washington, l’Arizona et le Nouveau-Mexique), plus de 2 milliards en or ou en argent. Humboldt s’en fut réjoui, lui qui supputait avec satisfaction que la mine d’argent de Potosi en Bolivie, la plus riche de toutes celles de l’Amérique du Sud, avait fourni 6 milliards en trois siècles. Il aura fallu moins d’un quart de siècle à la Californie et aux pays circonvoisins pour dépasser cette production.


I. — LES TEMPS HÉROÏQUES DE L’EXTRACTION DE L’OR.

Si les étonnantes péripéties de la première colonisation californienne n’étaient encore présentes à la mémoire de tous, un mineur des placers, devenu un conteur charmant, se serait chargé de les rappeler aux oublieux : j’ai nommé Bret Harte, ce jeune écrivain dont l’Amérique est fière, plein d’une sensibilité délicate sous une apparence impassible, et qui fait revivre pour nous les temps légendaires de l’exploitation de l’or, les hauts faits des argonautes et les troubles qui ont entouré l’enfantement de la Californie. Cet autre qui égale, par son esprit alerte et vif et par l’imprévu de ses réflexions, les humoristes anglais les plus fins, Mark Twain, fut témoin de l’attaque du premier filon d’argent du Nevada, le fameux Comstock, et a rappelé en quelques traits incisifs les aventures étranges qui ont accompagné la naissance du nouveau territoire, détaché du pays des mormons. C’est le côté moral, l’âme de ces sociétés nouvelles, si mêlées, si tumultueuses à leur origine, que ces deux écrivains ont surtout voulu peindre, tandis qu’on se propose ici d’en décrire l’aspect matériel.

L’âge héroïque de la Californie, c’était hier, quand toutes les nations du monde, comme conviées à un banquet qui ne devait pas finir, se ruèrent sur les placers de l’eldorado. Ce furent d’abord les deux Amériques qui se mirent en branle, puis toute l’Europe, qui ne contenait que trop de mécontens désireux de changer de place en cette année 1848, enfin toutes les races de la mer Pacifique et de l’extrême Orient, les Kanaques polynésiens, les Chinois jusqu’alors immobiles, et qui commencèrent, eux aussi, à émigrer. Toutes les routes furent mises à contribution : le cap Horn malgré ses glaces et ses tempêtes, — l’isthme de Panama, dont on brava les fièvres pernicieuses, les animaux malfaisans, les chaleurs torrides, — les grandes plaines du far-west, plaines interminables où l’on rencontrait les surprises impitoyables des Indiens, les ouragans de neige dans les Montagnes-Rocheuses et la Sierra-Nevada, enfin la famine, qui plus d’une fois décima la caravane en marche.