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Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 12.djvu/258

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étrangers venus au congrès. Les voyages de Montréal, de Solunto, de Cefalù, avaient pu être accomplis en une journée. Une course de dix jours fut savamment organisée pour nous montrer ensuite les grands monumens de l’antiquité qui assurent à la Sicile un rang archéologique presque égal à celui de la Grèce. Cette course a produit chez ceux qui l’ont faite une vive impression. L’infatigable activité du ministre ne laissait aucune place au repos; pendant dix jours, nous ne sûmes guère ce que c’est que le sommeil; mais le spectacle du passé et du présent était si étrange que nous ne sentîmes la fatigue que plus tard. Chose singulière, ma jambe raide et mon pied traînant ne se refusèrent pas une fois à leurs devoirs les plus pénibles. Le mal n’était pas guéri, il était oublié.

Nous dîmes adieu aux grands arceaux du château de Roger le mardi, 7 septembre, à cinq heures du soir. Nous revîmes Montréal à la nuit tombante; je saluai la belle abside du roi Guillaume II, et je pus serrer la main à ce bon chanoine qui, lors de notre première visite, voulut bien être mon guide, mon exégète et mon soutien. La nuit nous prit gravissant les sommets qui forment le fond du bassin de Palerme. Nous entrions dans le bassin du golfe de Castellamare, dans les vallées qui produisent le délicieux vin de Zucco. Tous les villages étaient illuminés; la vue d’un représentant du gouvernement que ces populations n’avaient connu jusque-là que de loin les remplissait de joie. Chaque fois le ministre devait descendre; les scienziati étaient aussi fort demandés; on les avait annoncés, les localités qui avaient voté des fonds pour la réception voulaient les avoir. Cet empressement était touchant et empreint d’une cordialité extrême. Partout on nous servait des rafraîchissemens excellens et les vins du pays. Le patriotisme local s’en mêlait. A Partenico : « Trouvez-vous nos glaces meilleures que celles de Borgetto? » A Borgetto : « Notre vin, n’est-ce pas, vaut mieux que celui de Zucco? — Oui, sans doute, » répondions-nous, et c’était vrai. Ces vins de Sicile sont des sirops exquis. Ils diffèrent de village à village et le meilleur paraît celui qu’on a goûté le dernier.

Ce mot de village demande explication. L’analogue de ce que nous appellerions en France un gros bourg, un chef-lieu de canton, est en Sicile une ville de 10, 15, 18,000 âmes. L’absence de hameaux et de population éparse dans les campagnes explique cette singularité. Il n’y a pas de pays où il y ait autant de villes populeuses, et ces villes sont situées à deux ou trois lieues l’une de l’autre. Il est vrai qu’à certains égards ces grandes villes n’étaient dernièrement encore que des villages. Bagheria, à la porte de Palerme, a 15,000 habitans, et n’avait pas une école sous l’ancien gouvernement.