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Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 12.djvu/241

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bonapartisme, ce grand défenseur, comme on sait, et surtout ce grand manipulateur du suffrage universel. On a le choix ; si ce n’est pas une grande confusion, c’est l’élection entre les mains de meneurs de parti, ou entre les mains du gouvernement, selon les circonstances. Dans tous les cas, la vérité devient ce qu’elle peut ; mais il y a de plus une raison toute politique, constitutionnelle, contre le scrutin de qu’on réclame assez dangereusement dans l’intérêt de la république. Il faut prendre les choses comme elles sont. Qu’on le veuille ou qu’on ne le veuille pas, si la situation n’a pas changé, si les conditions ce qu’elles sont, les élections avec le scrutin de liste risquent de forcément le caractère d’une lutte ouverte entre deux camps tranchés, d’une manifestation plébiscitaire de part et d’autre. C’est presque la fatalité d’une situation où une majorité réellement, sincèrement constitutionnelle, tant de peine à se former. Il y aura une liste conservatrice où les bonapartistes se feront la plus large part possible, et il y aura une liste républicaine où l’on sera bien obligé de faire une place aux radicaux, même aux radicaux révolutionnaires, sous peine de les voir élever bannière contre bannière. On peut bien d’ailleurs compter sur les ardeurs inévitables de la lutte pour prétentions, les exigences des partis contraires. Eh bien ! que peut-il arriver ? Si les listes conservatrices ont la chance de former une dans l’assemblée nouvelle, croit-on qu’on aura préparé des jours favorables à cette constitution du 25 février que les bonapartistes ne sont pas les seuls à voir avec impatience ? Si ce sont les listes qui l’emportent, elles respecteront la constitution, nous le voulons bien ; la majorité nouvelle ne sortira pas moins animée du combat, elle sera gonflée de sa victoire, elle voudra faire pénétrer ses idées le gouvernement, et si alors elle rencontre des résistances, des faciles à prévoir, est-on bien sûr qu’on aura servi la constitution et la république par ces procédés d’élection plébiscitaire ? N’aura-t-on pas tout simplement préparé à la France des crises nouvelles ? C’est là une alternative qui n’a rien d’imaginaire, qui peut se produire par le scrutin de liste, qui doit dès lors entrer dans les calculs de ceux qui vont avoir une résolution à prendre, et c’est précisément parce que le scrutin d’arrondissement, en fractionnant les élections, tempère la de ces mouvemens d’opinion qu’il est aujourd’hui le système le plus sensé, le plus politique, le mieux fait pour une situation qu’il préserver au lieu de l’exposer aux tempêtes plébiscitaires.

Le scrutin d’arrondissement a le grand mérite d’être plus simple, moins agitateur, de livrer beaucoup moins à l’inconnu, à des meneurs souvent anonymes’es chances de ces consultations populaires, d’être en un mot essentiellement le procédé d’un régime régulier. Il atténue la portée de ces élections excentriques qui engagent quelquefois tout un