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Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 12.djvu/229

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a suivi avec attention la marche des événemens de Biarritz jusqu’à Sedan et connaît exactement les détails de l’entrevue de Donchery ne soupçonnera jamais M. de Bismarck de nourrir une tendresse particulière pour le bonapartisme. Si notre homme d’état dirigeant était incapable de conclure un traité avec les napoléonides quand leurs intérêts étaient représentés par un homme qui s’appelait Napoléon III, comment pourrait-il aujourd’hui accorder sa confiance à un parti qui, pour le moment, est privé de toute direction effective? On croira difficilement que M. de Bismarck espère fonder une situation politique durable par un accord avec la veuve de Chislehurst, avec l’écolier de Woolwich ou même avec le prince Napoléon. Les bonapartistes doivent commencer par acquérir une puissance réelle en France, où ils ne sont jusqu’à présent qu’un levain d’agitation, avant que la politique réaliste par excellence condescende à négocier avec eux. » On ne saurait nier ses dettes avec plus de désinvolture. Qu’aime donc le chancelier de l’empire allemand, s’il ne nourrit pas dans le fond de son cœur une tendresse secrète pour la mémoire de Napoléon III, et sur quoi peuvent compter les napoléonides si la reconnaissance de l’Allemagne leur fait défaut? Il serait étrange que la-France, à qui leurs erreurs coûtent si cher, se crût tenue de les dédommager des ingratitudes de Berlin.

Nous avons relevé avec bonheur, dans la brochure que nous analysons, cette affirmation plusieurs fois répétée que l’Allemagne n’est point une nation ombrageuse, et qu’elle ne se croit point intéressée à ce que la France soit faible. Ces affirmations nous auraient réjouis davantage encore, si nous ne nous étions souvenus qu’à la date du 20 décembre 1872 M. de Bismarck écrivait au comte d’Arnim : « Nous n’avons certainement pas pour devoir de rendre la France puissante en consolidant sa situation intérieure... L’inimitié de la France nous oblige de désirer qu’elle reste faible. » Toutefois l’auteur de la brochure parait convaincu que la politique réaliste dont on tient école à Berlin ne peut manquer de s’inspirer des sentimens véritables du peuple allemand, qui a pour caractère essentiel « l’esprit de justice et de modération. » Nous sommes heureux de recueillir cette déclaration rassurante; mais notre publiciste ne s’avance-t-il pas un peu trop? Nous n’avons garde de contester à ses compatriotes les qualités de cœur et d’esprit qu’il leur attribue, ils en ont beaucoup; nous doutons seulement que ces qualités soient aussi efficaces en politique qu’il le pense, nous nous demandons si en Allemagne le gouvernement n’a pas plus d’influence sur le génie national que le génie national n’a d’influence sur le gouvernement. L’Allemand a plus que tout autre peuple la faculté et le besoin de raisonner sa conduite et sa volonté, et quiconque raisonne beaucoup sa volonté s’expose à la chercher longtemps sans être sûr de la trouver toujours, car il est peu d’hommes, même au-delà du Rhin, qui soient capables d’aller jusqu’au bout de leur raisonnement. Le gouvernement