Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 12.djvu/202

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


eux-mêmes assignent un grand nombre de psaumes à d’autres que David. Douze sont attribués à Asaph, dix aux fils de Korach, deux à Salomon, un à Moïse, deux ou trois autres à des inconnus. Soixante-treize sont désignés comme l’œuvre du roi David, le reste se compose de chants sans nom d’auteur et, comme dit le Talmud, orphelins. Il est bon toutefois de noter qu’en vertu de la tendance antique à rattacher les écrits anonymes à des noms historiques, jointe à une étonnante promptitude à accepter sans preuve le premier nom venu, la version grecque des Septante a cru pouvoir donner des pères à un certain nombre d’orphelins en les assignant à Jérémie, à Ézéchiel, à Esdras, et à d’autres notabilités de l’Ancien-Testament, ce qui fait qu’on doit se demander si le texte hébreu original ne porte pas déjà la marque de ces complaisantes recherches de paternité. On a le droit de se poser une telle question quand on le voit attribuer formellement à Moïse, plus vieux que David de cinq siècles, un psaume, le 90e, qui ne trahit pas le moindre indice d’une si prodigieuse antiquité. Quoi qu’il en soit, il est certain que, sur les cent cinquante psaumes, soixante-treize seulement, précédés de la suscription de David, émettent la prétention de remonter au second roi d’Israël. Si pourtant cette prétention était justifiée, comme David serait encore le plus fécond des psalmistes, au nom de l’axiome a potiori fit denominatio, il serait permis en parlant du psautier de dire les Psaumes de David.

Malheureusement les faits ne se prêtent qu’avec la plus mauvaise grâce possible à cette hypothèse. Dans l’antiquité chrétienne, un écrivain du Ve siècle, Théodore de Mopsueste, chez qui l’on trouve beaucoup d’observations très fines sur les livres bibliques, avait déjà fait ressortir le peu d’accord qui règne si souvent entre les suscriptions et le contenu des psaumes. Par exemple, il est des psaumes assignés à David qui parlent du temple de Jérusalem comme existant; on sait pourtant que cet édifice ne fut construit qu’après sa mort par son fils Salomon. D’autres font de claires allusions à la déportation babylonienne et à la destruction de ce temple, d’autres encore parlent du roi à la troisième personne et ne signifient quelque chose que dans la bouche d’un sujet très soumis. Un psaume, le 34e enfilade sans aucune valeur poétique de distiques rangés dans l’ordre des lettres de l’alphabet, doit avoir été composé par David « contrefaisant le fou devant Achis, roi de Gath. » A quoi pensiez-vous donc, vénérable rabbi qui nous avez donné un renseignement pareil? Un autre encore, le 60e est visiblement inspiré par la douleur d’une défaite, et pourtant, de par sa suscription, il devait se rapporter à une guerre très heureuse dirigée par David contre des peuples voisins. Si l’on veut se faire une idée de l’arbitraire qui a présidé à la rédaction de ces notes