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Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 12.djvu/199

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ardente et solide qui en ont fait la lecture favorite des âmes blessées. Bien des cœurs endoloris y ont puisé d’ineffables consolations. Les psaumes ont versé un baume adoucissant sur une multitude de douleurs. Les opprimés, les persécutés, les navrés de tous les temps ont pu s’approprier ces plaintes pleines de foi dans l’éternelle justice. Les consciences timorées y ont trouvé des accens de repentir et des assurances de pardon qu’aucune autre littérature ne pouvait leur fournir. Les côtés faibles de ces chants d’Israël et les étranges illusions qu’on s’est faites, que beaucoup se font encore sur l’enseignement doctrinal qu’ils renferment, ne sauraient leur enlever ce mérite, qui seul en explique la popularité prolongée.

Dans notre siècle de critique positive, nous avons de la peine à comprendre la facilité avec laquelle des esprits de premier ordre ont pu, dans les siècles passés, méditer avec suite et avec recueillement des textes dont le sens évident choquait brutalement leurs plus chères croyances. Comment concevoir par exemple qu’un Pascal, un Fénelon, un Bossuet, ont pu faire leurs délices de la lecture assidue des psaumes sans s’apercevoir une seule fois que, sur un point capital de la doctrine chrétienne, ils étaient, non pas seulement muets, mais encore négateurs? Nous voulons parler de la foi dans une vie future, consciente et rémunératrice. Le fait est que les psaumes l’ignorent absolument. Ils sont écrits à une époque où la foi dans la vie d’outre-tombe était encore informe, où l’on n’attendait après la mort ni résurrection ni passage dans un monde meilleur. La vieille idée hébraïque du sheôl, c’est-à-dire du séjour souterrain des morts plongés dans un sommeil uniforme, égal pour les bons et les méchans, règne en souveraine tout le long de la collection. Un motif assez fréquemment allégué à l’appui des prières de délivrance, c’est qu’une fois mort, on ne peut plus chanter les louanges de Dieu, et que, si Jahveh laisse consommer la perte de ses serviteurs, ce sera de sa part un faux calcul.


« Quel profit trouverais-tu à verser mon sang, — à me faire descendre dans la fosse? — La poussière te célébrera-t-elle ? — Proclamera-t-elle ta fidélité? (Ps. 30.) — Fais-tu un miracle pour les morts? — Les ombres ressuscitent-elles pour te glorifier ? — Parle-t-on de ta grâce dans le sépulcre? — de ta fidélité dans le séjour des morts? — Tes hauts faits sont-ils connus dans les ténèbres, — et ta justice dans la terre de l’oubli ? (Ps. 88.) »


On pourrait citer d’autres passages tout semblables. A chaque instant, le grand problème du malheur immérité, du triomphe de l’iniquité, s’impose aux psalmistes, comme à Job, dans toute sa rigueur. Pas une seule fois n’apparaît la solution qui se fût présentée