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Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 12.djvu/191

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fait loi d’un bout à l’autre des compositions poétiques d’Israël. Nous voulons parler de cette rime de la pensée qu’on a désignée par le nom de parallélisme, et qui consiste dans la ressemblance de l’idée exprimée par deux ou plusieurs vers. La forme la plus fréquente est celle de deux vers qui se suivent en reproduisant la même idée en d’autres termes. Nous citerons comme exemple ce fragment du psaume 18 :


« Les liens de la mort m’enveloppaient, — les terreurs de la ruine me frappaient d’épouvante, — les liens du Sheôl (séjour des morts) m’avaient enlacé, — devant moi j’avais les lacets de la mort. — Dans ma détresse, j’invoquai l’Éternel, — et vers mon Dieu je criai au secours. »


C’est cette oscillation rhythmée de la pensée que M. E. Quinet comparait au balancement d’une fronde. D’autres fois le parallélisme s’étend à trois et même à quatre vers. Ailleurs encore les vers sont distribués de façon que sur quatre, les deux premiers et les deux derniers riment par l’idée, ou bien que le troisième se combine avec le premier et le quatrième avec le second. C’est le pendant de nos rimes alternantes. Nous en retrouvons un exemple au psaume 19 :


« La loi de l’Éternel est parfaite, — restaurant l’âme; — l’enseignement de l’Éternel est sûr, — réjouissant le cœur, etc. »


Très souvent les combinaisons du parallélisme changent dans la même pièce de vers, mais de manière ou d’autre il se fait toujours valoir. Il contribue beaucoup dans les traductions à ralentir le mouvement de la poésie originale. Bien des répétitions qui sont pleines de grâce et de force en hébreu dégénèrent dans nos versions en redites monotones. Sans faire intervenir la fronde, qui n’a jamais eu de rapports bien intimes avec l’inspiration des poètes, serait-il téméraire de penser que cette forme balancée se rattache originairement à une mimique ou plutôt à une sorte de danse dont les mouvemens combinés deux par deux appelaient en quelque sorte le redoublement de la pensée?

Il faut aussi combattre l’illusion assez répandue qui consiste à se représenter la poésie des anciens Hébreux comme exclusivement consacrée à des sujets religieux. On se laisse facilement aller à cette idée fausse, parce que la presque totalité des textes hébreux que nous possédons roule sur des sujets de ce genre. C’est sous l’empire de la même illusion qu’on a quelquefois désigné la Bible comme la bibliothèque nationale du peuple juif. Les livres dont elle se compose ne représentent qu’une face de son ancienne littérature, la seule qui ait survécu. C’est pour fixer les croyances, pour