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Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 12.djvu/184

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de fréquens anachronismes en leur attribuant des sentimens et des doctrines d’un autre âge.

Il est facile de s’assurer que la collection qui nous reste n’a pas été réunie d’un seul coup. Elle s’est plutôt formée successivement par voie d’adjonction de plusieurs recueils antérieurs. Nos cent cinquante psaumes sont divisés en cinq livres ou séries [1]. Les quatre premières sont terminées par des formules liturgiques composées pour en marquer la fin, et que les traducteurs ont longtemps considérées comme parties intégrantes du chant qui les précède immédiatement. On peut même discerner dans une même série la présence de petites collections réunies plus anciennement encore. A la fin de la seconde série, on lit : Fin des psaumes de David fils d’Isaï, bien que dans le reste de la collection totale il y ait encore plusieurs psaumes attribués à ce roi. C’est la même raison qui explique le fait, au premier abord singulier, de la répétition de quelques psaumes. Sans doute le même chant avait été recueilli isolément par deux collecteurs, et, quand on ajouta les collections partielles pour en faire un seul tout, on ne crut pas nécessaire de faire des suppressions [2]. Evidemment ce n’est pas la même main qui a reproduit un seul et même chant en deux endroits séparés du recueil définitif. On peut signaler aussi de petits recueils incorporés dans le grand, et qui se distinguent par le nom de l’auteur ou des auteurs auxquels on en fait remonter la composition. Ainsi on distingue onze « psaumes d’Asaph » se faisant suite au commencement de la troisième série. Ailleurs on trouve des psaumes attribués aux « fils de Korach, » qui semblent avoir été une famille de poètes-chanteurs. Nous reviendrons sur ceux qui portent le nom du roi David et qui sont au nombre de soixante-treize; mais parmi ces collections partielles il en est une dont l’usage premier a beaucoup intrigué les commentateurs. Ce sont les quinze petits chants intitulés Chants de mahaloth, ce que Jérôme traduisait par « chants des degrés, » Psalmi graduum, sans se rendre un compte bien clair de ce que cela pouvait signifier. Les rabbins, qui ne se laissaient pas aisément démonter, partirent de la supposition qu’il s’agissait des marches d’un escalier montant au temple, trouvèrent moyen de démontrer que cet escalier avait dû compter précisément quinze marches, et déclarèrent que sans doute on chantait ces quinze psaumes en montant processionnellement de la cour inférieure à la cour supérieure du temple. Se représente-t-on une procession qui s’arrête sur une marche d’escalier et ne lève pas le pied avant d’avoir

  1. 1° de 1 à 41, — 2° de 42 à 72, — 3° de 73 à 89, — 4° de 90 à 106, — 5° de 107 à la fin.
  2. Par exemple le psaume 14 est répété dans le 53e, le psaume 70 reproduit la seconde moitié du 40e, et le 108e est un composé du 57e et du 60e.