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Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 12.djvu/136

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le Landnama-Bok nous a conservé des fragmens. Il y était défendu de laisser à la proue des embarcations, quand on revenait au rivage, des têtes d’animaux à l’aspect hideux, aux gueules béantes, qui pourraient effrayer et mettre en fuite les génies tutélaires de la contrée. L’anneau sacré, sur lequel on prêtait un solennel serment à Freyr, à Niörd, au dieu Ase tout-puissant, devait être placé sur l’autel du temple principal et tenu par le prêtre pendant les cérémonies, après avoir été trempé dans le sang du taureau sacrifié. Ce qui était plus important encore que ces prescriptions purement religieuses, c’était la création d’un Althing (assemblée générale), présidé par un magistrat élu, qui devenait ainsi le chef suprême de la république. « Dès qu’Ulfliot fut de retour, dit le Landnama-Bok, l’Althing fut constitué et des lois communes régirent cette contrée. » Vint ensuite l’institution de things locaux et de circonscriptions nouvelles qui, vers 964, compléta et fixa la constitution islandaise pour toute la période de l’indépendance. Or nous avons dans le Gragas un résumé de toutes ces lois, des coutumes qui y faisaient cortège et des commentaires qu’elles suscitaient.

Les premiers chapitres du Gragas traitent de l’organisation de l’Althing ou de l’assemblée générale; c’est en effet dans l’Althing que se concentre la vie politique de la république islandaise, et c’est là aussi que se déroulent, devant le tribunal suprême ou devant les tribunaux particuliers qui le subdivisent, les plus curieuses scènes qu’aient racontées les sagas.

Le lieu choisi pour siège de cette assemblée nationale semblait avoir été préparé par la nature même en vue de quelque grand dessein. Qu’on se figure une immense coulée de lave qui, venue du centre de l’île en des temps inconnus, a comblé la moitié d’un lac et laissé au nord de ce lac toute une plaine volcanique recouverte aujourd’hui d’un maigre gazon. Aux deux extrémités, de droite et de gauche, la lave, en se refroidissant, s’est séparée de la masse centrale; celle-ci s’est abaissée obliquement vers le lac, tandis que des deux côtés se formaient deux vastes fissures, deux couloirs dirigés du nord au sud, qui subsistent, avec les arêtes aussi vives, ce semble, qu’elles ont pu l’être au jour primitif où s’est opéré le cataclysme, et où la matière en fusion s’est figée et fixée pour les siècles. Le corridor qui s’étend à l’est s’appelle le fossé des corbeaux, Hrafnagia; celui qui est à l’ouest s’appelle Almannagia, le fossé de tous les hommes; il est traversé de l’ouest à l’e&t par un petit torrent qui va se jeter, après une double cascade, dans le lac au sud de la plaine. Le champ volcanique est en outre fendu dans son milieu par plusieurs crevasses qui, remplies d’une eau profonde et verte, isolent un bloc de lave allongé en forme de presqu’île et rattaché seulement par un isthme étroit au reste du sol. Ce bloc, ainsi défendu par la nature, a été