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Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 12.djvu/131

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courageuse et honnête. — Gunnar et Nial étaient unis par les liens d’une intime amitié.

Un jour que Gunnar sortait avec les siens de l’assemblée publique, il vit venir à lui une femme bien vêtue, qui le salua. Il s’arrêta et demanda qui elle était. « Je m’appelle Halgerda, répondit-elle, et je suis fille d’Hauskuld. » Elle ajouta qu’elle entendrait volontiers le récit de ses récens voyages en Norvège et en Danemark ; lui de son côté protesta qu’il ne refuserait pas une conversation avec elle; ils s’assirent donc, et ils s’entretinrent longtemps ensemble. Enfin il lui demanda, ignorant ce qui s’était passé dans l’île pendant sa longue absence, si elle était mariée; elle répondit que non, et que désormais peu d’hommes brigueraient sa main. « N’y a-t-il donc personne d’assez bon pour toi? — Ce n’est pas cela, mais je suis difficile. — Que dirais-tu si j’osais te demander? — Tu n’y songes pas. — Si vraiment. — En ce cas, va trouver mon père. » Gunnar se rendit aussitôt vers Hauskuld, qui, avec Hrut son frère, lui fit bon accueil. « J’y consens, répondit le père, si ta parole est sérieuse. » Cependant Hrut dit : « La partie ne me semble pas égale, et je parlerai sincèrement. Tu es un brave et généreux jeune homme, Gunnar, mais le caractère d’Halgerda a ses mauvais côtés, nous ne voulons pas que tu sois trompé en rien. — C’est noblement dit à toi, répondit Gunnar; je regarderai toutefois comme une marque de peu d’amitié de votre part que vous ne me fassiez pas entendre vos conditions. J’ai parlé avec Halgerda, elle agrée ma demande. » Hrut dit : « Si tous deux vous souhaitez cette union, vous deux aussi en courrez les risques. » Hrut expliqua alors à Gunnar le caractère d’Halgerda; tout n’était pas bien, à la vérité, mais finalement on conclut l’affaire: Halgerda vint, et s’engagea d’elle-même.

De retour auprès de Nial, Gunnar lui annonça son mariage. Son ami en devint tout soucieux. « Elle apportera ici beaucoup de mal, dit-il. — Jamais du moins elle ne détruira notre concorde. — Il s’en faudra de peu. » Chaque hiver, Gunnar et Nial se visitaient tour à tour. Cette fois c’était à Gunnar de profiter de l’hospitalité de son ami. Il alla donc avec sa femme à Bergthorshvol. Un jour Bergthora, tenant par la main une de ses brus, la conduisit vers Halgerda, qui était assise au banc des femmes. « Il faut une place pour celle-ci, dit-elle. — Impossible, répondit Halgerda, je ne veux pas être reléguée dans le coin. — N’est-ce pas moi qui suis la maîtresse? » dit alors Bergthora, et elle fit asseoir sa belle-fille. Quelques momens après, Bergthora s’étant approchée avec l’eau pour les mains, Halgerda lui saisit le bras et dit : « Vous vous convenez fort bien mutuellement, Nial et toi : à chaque ongle, tu as un nœud, et lui n’a pas de barbe. — C’est possible, répondit Bergthora, mais