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Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 12.djvu/127

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temps, jouait sur le plancher avec d’autres enfans. Elle était déjà belle, et ses cheveux, doux comme la soie, étaient si longs qu’ils tombaient plus bas que sa taille. Hauskuld l’appela et dit à Hrut : « Que te semble de cette enfant? N’est-elle pas belle? » Hrut ne répondit pas. Hauskuld répéta sa question; Hrut dit alors : « Oui certes, elle est belle, d’une beauté qui sera funeste à plus d’un. Je ne sais d’où ces yeux perfides se sont glissés dans notre famille. » Cette réponse mécontenta Hauskuld, et pendant quelque temps il y eut du froid entre son frère et lui.

Halgerda crût en âge; elle devint une très belle jeune fille de haute taille, mais elle était âpre et dure de cœur. Son père nourricier s’appelait Thiostolf. Issu d’une famille des îles du sud, il était fort et habile à manier les armes; il avait tué plusieurs hommes sans payer d’amende pour aucun; on croyait qu’il n’avait pas contribué à modérer l’humeur d’Halgerda.

Il y avait un homme appelé Thorvald, fils d’Osvif; il possédait les îles des Ours, dans le Bredefiord; il en tirait du grain et une bonne pèche. Thorvald était brave et généreux, mais prompt et brusque. Un jour qu’il parlait de mariage avec son père et rejetait tous les partis d’alentour : « Songerais-tu, lui dit Osvif, à la fille d’Hauskuld, Halgerda? — Oui, je veux la demander. — Ce mariage ne convient ni pour elle ni pour toi : elle est volontaire, tu es opiniâtre et inflexible. — J’en veux faire l’épreuve cependant; il ne servirait à rien de vouloir m’en empêcher. — Qu’à cela ne tienne! le risque est pour toi seul. » Ils partirent bientôt pour aller faire la demande. Arrivés à Hauskuldstad, ils furent bien reçus; mais Hauskuld leur répondit : «Je veux en agir loyalement avec vous. Ma fille est d’humeur peu traitable; pour ce qui est de sa beauté, vous pouvez en juger vous-mêmes. » Thorvald répondit : « Fixez les conditions; son humeur ne me fera pas changer d’avis. » Alors ils firent leurs conventions sans qu’on eût consulté Halgerda, car son père avait hâte de la voir mariée. Quand elle apprit ce qui avait été conclu : « Tu ne m’as jamais aimée, dit-elle à son père; je ne trouve pas cette alliance à la hauteur de ce que tu m’avais promis. » Et en tout elle témoigna qu’elle se tiendrait pour mal mariée. « Je ne souffrirai pas, répondit son père, que ton orgueil fasse obstacle à mes desseins; et, si nous ne pouvons tomber d’accord, ma volonté s’accomplira, non la tienne. » Elle alla trouver son père nourricier, lui raconta ce qui était résolu et qu’elle en était désespérée; Thiostolf lui répondit : « Prends courage, tu seras mariée une seconde fois, et alors on te demandera ton avis. » Il n’y eut pas un mot de plus entre eux; Hauskuld partit pour aller faire ses invitations à la fête des noces. Ce jour venu, Halgerda s’assit à la place d’honneur, et se montra comme une joyeuse fiancée ; mais Thiostolf lui parlait