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Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 12.djvu/112

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affilé comme leur coutellerie, se sont vengés en rimant ce couplet à l’adresse de Chaumont :

A Langre, il fait froid, dit-on,
Mais il fait chaud à Chaumont,
Car, quand bise veut venter,
Pour bien l’attraper, l’empêcher d’entrer,
Car quand bise veut venter,
Les portes on y fait fermer...

Tout en devisant du caractère langrois, nous descendons à la gare et nous montons dans le train qui doit nous ramener à Chaumont. Je ne sais si ce jour-là les naïfs Chaumontais avaient fermé leurs portes pour empêcher la bise d’entrer, mais ils avaient à coup sûr laissé quelque poterne entre-bâillée, car la rafale secouait rudement les ormes du boulevard, et dans le corridor du logis de Tristan, le vent semblait se lamenter et nous gourmander de ce que nous n’avions pas trouvé la chrysomèle.


24 septembre. — Vois-tu, me dit l’intrépide Tristan, tandis que la vapeur nous emportait sur la ligne de Blesme, pour notre honneur il fallait faire cette dernière tentative... J’ai idée que nous découvrirons la chrysomèle à Vignory. D’ailleurs tu ne seras pas à plaindre; je vais te montrer la forêt de l’Etoile, qui a sept lieues d’étendue, puis tu verras les ruines d’un château du temps de Charlemagne; enfin l’église, qui est du Xe siècle, et que Mérimée a signalée comme un des types les plus complets du style roman...

En descendant, notre première visite a été pour l’église, qui est vraiment remarquable. Dès l’entrée, on est saisi par le caractère hiératique de cette architecture primitive. Il y a comme un ressouvenir de l’art égyptien dans ces piliers bas, lourds, massifs, aux chapiteaux brodés d’ornemens sobres et mystérieux. Au-dessus de cette colonnade trapue règne un triforium rudimentaire, percé d’arceaux géminés, en plein cintre. L’édifice est composé de trois nefs : la première aboutit à un sanctuaire en hémicycle; les deux autres, parallèles, forment un sombre et humide promenoir autour du chœur. Le sol est pavé de pierres tumulaires; sur l’une d’elles, j’ai lu cette inscription, qui m’a semblé résumer énergiquement l’impression produite par cette architecture religieuse d’une dureté impitoyable : « Passant, disait la tombe, tu vois ce que je suis, tu sçay ce que j’ai esté, pense de toi ce que tu seras. »

J’étouffais sous ces arceaux écrasans, j’avais hâte de me retrouver au grand air avec de la verdure sous les yeux. Nous quittâmes l’église et nous nous acheminâmes vers les fameuses ruines. Les restes du vieux manoir carlovingien produisent une impression toute contraire à celle de l’église. C’est la nature naturante avec sa