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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 2.djvu/950

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âpre, venteux, sec, très frais. Nous sommes sur les hauts plateaux, sur le versant oriental de la Sierra-Nevada, à une altitude moyenne de plus de 2,000 mètres.

Virginia-City, où nous entrons en triomphateurs, au grand galop, est construite partie en briques rouges, partie en pierre ou en bois. Dans la principale rue, quelques beaux magasins, deux ou trois grands hôtels, plusieurs restaurans, des bureaux d’essayeurs, des maisons de banque, des églises, un nombre incommensurable de buvettes. Les trottoirs sont de bois, aux planches branlantes; partout s’étalent les enseignes les plus grotesques, comme les peintres badigeonneurs américains savent seuls en imaginer. La ville est tracée en damier; de longues rues, parallèles à la rue principale, des rues transversales, coupant celles-ci à angle droit, forment l’espace où peut s’étendre à l’aise la cité de Virginia, qui renferme aujourd’hui plus de 20,000 habitans, est éclairée au gaz, et possède plusieurs imprimeries et journaux. Il n’est pas besoin de dire que les écoles ont été les premières fondées. Sur un côté, la ville est limitée par la montagne métallifère où se dresse le pic Davidson, le point culminant de la contrée; il domine de 500 mètres la ville, qui elle-même est à 1,900 mètres au-dessus des eaux de l’océan. De l’autre côté, le terrain descend, toujours montueux, coupé d’étroites vallées, qui vont s’unir à celle de Carson, la vallée principale de ce district. Les mines d’argent sont disséminées tout autour et au-dessous de la ville, qui, vers le sud, se soude à des cités nouvelles, véritables faubourgs de la première, Gold-Hill ou la Montagne d’Or, American-City, et Silver-City ou la Ville de l’Argent.

Le filon argentifère s’appelle, du nom du mineur qui en a délimité la première concession, le « filon de Comstock. » Les deux Irlandais, découvreurs de ce gîte, avaient noms Peter O’Reilly et Patrick Mac-Laughlin. Comstock en marqua avec eux le périmètre que la loi américaine accorde à tout inventeur, et c’est ainsi que les nouveaux Colomb furent détrônés auprès de la postérité par un autre Améric Vespuce. Le Comstock dresse sa tête à la surface comme une énorme muraille. La masse siliceuse, attaquée par les élémens, s’est divisée en blocs qu’on dirait empilés les uns sur les autres. Cela ressemble à une série de menhirs ou de dolmens juxtaposés, érigés par une race aborigène disparue. C’est la nature qui a fait cette œuvre, la nature toujours plus puissante que l’homme, car elle ne compte pas avec le temps, (i patiente, parce qu’elle est éternelle! » Si l’on gravit les pentes de la colline où se dresse la muraille de quartz, il est facile d’interroger la roche; elle est dure, raie l’acier; la couleur en est jaunâtre, rouillée, trahit la présence de l’oxyde de fer. La texture est grenue, poreuse, caverneuse; nulle part n’apparaît l’or, ni à l’œil nu, ni à la loupe. Il y existe cependant, puisque