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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 2.djvu/95

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texte. « Qui terre a guerre a, » et toute frontière est sujette à procès. Ici le procès se vide presque toujours les armes à la main.

Dans son message de 1873, le général Grant rappelait les dernières luttes entre les blancs et les Peaux-Rouges, qui ont éclaté parce que chaque race oubliait les droits de l’autre au lieu de les respecter. Depuis que la civilisation marche à pas si rapides à travers le désert, ces luttes se renouvellent presque chaque année, et quelques-unes ont fait assez de bruit pour retentir jusqu’en Europe, notamment celles avec les Indiens modocs, qui vivent sur la frontière qui sépare la Californie de l’Orégon. Tout récemment le gouvernement fédéral a dû procéder à une punition exemplaire des principaux chefs de cette bande, dont quelques-uns ont été pendus comme traîtres, entre autres le capitaine Jack, qui avait assassiné par surprise le brave général Canby et le commissaire de paix. — Revenant à la politique adoptée par ses prédécesseurs vis-à-vis des Peaux-Rouges, le président de l’Union, dans son dernier message, proclamait qu’il n’en voulait pas suivre d’autre, et il indiquait la partie de l’Amérique du Nord qu’on nomme le Territoire Indien, au sud du Kansas, à l’ouest de l’Arkansas, comme suffisante en superficie et en terres cultivables pour recevoir toutes les tribus indiennes disséminées à l’est des Montagnes-Rocheuses. « Il faut y rassembler tous les Indiens aussi rapidement que possible, disait-il, leur enseigner là les arts de la civilisation, et leur apprendre à gagner eux-mêmes leur vie... Le temps viendra, je n’en doute point, ajoutait le président, où tous, excepté un petit nombre qui préféreront s’établir au milieu des blancs, seront réunis dans ce territoire [1]. »

Le Territoire Indien, que le général Grant, et avant lui les présidens Lincoln et Johnson, ont choisi comme lieu de cantonnement définitif des sauvages des prairies, est en partie occupé, depuis quarante ans, par d’autres tribus qu’on pourrait appeler les tribus mississipiennes ou appalaches, et qui autrefois vivaient principalement dans les parties de l’Amérique du Nord où sont aujourd’hui les états des Carolines, de l’Alabama, de la Floride, de la Géorgie, du Mississipi, du Missouri. Ces tribus se sont pliées peut-être de meilleure grâce que d’autres à ce cantonnement. Les Cherokees, les Muscogees ou Creeks, les Chactas, les Chickasaws, les Osages, les Séminoles, auxquels on a joint quelques tribus atlantiques, telles que les Shawnees, les Senecas, les Delawares, venus des états de Pensylvanie et de New-York, se sont peu à peu civilisés ou du moins assouplis à la vie sédentaire, dans cette vaste enclave où chaque tribu distincte a elle-même sa réserve. Les Che-

  1. Message of the president of United-States, Washington 1873.